Témoignage anonyme : Tout mon enfer

anorexie avec crise de boulimie, crise de boulimie, anorexie, anorexie boulimie, anorexie tca, psy anorexie, psychiatre anorexie, boulimie.com, pascal couderc, anorexie et boulimie

À 20 ans, je partage mon combat contre l’anorexie et la boulimie, une lutte débutée à 15 ans. Étudiante en master de gestion hôtelière, je suis confrontée simultanément à l’anorexie et aux crises de boulimie, un combat intérieur invisible mais dévastateur.

Ma lutte a évolué d’une anorexie restrictive à un cycle d’anorexie-boulimie à 18 ans. Ce témoignage vise à surmonter cette maladie et à sensibiliser sur la complexité de ces troubles alimentaires.

Je revisite mon passé pour comprendre l’origine de mes troubles. Ayant déménagé de mon Cameroun natal à la France en 1985, j’ai ressenti un profond sentiment d’étrangeté et de perte, exacerbé par le diabète de mon frère en 1986. Enfant joyeuse et bonne élève, le contraste avec ma vie actuelle est frappant. Ce récit est un cri du cœur pour la compréhension et le soutien face à l’anorexie et la boulimie.

Chez mes grands-parents, le surprotection de mon frère, diabétique, me reléguait au second plan, alimentant un sentiment de rejet et de culpabilité. La restriction sur les sucreries et le comportement distant de mes grands-parents accentuaient mon mal-être. Leur manque de compréhension face à mes émotions cachées et leur critique constante m’ont profondément affectée.

J’ai souffert en silence, contrairement à ma grand-mère maternelle, qui cherchait constamment la validation extérieure. Ma douleur était silencieuse, mes sentiments restant inexprimés, face à un traitement familial injuste et blessant.

Le favoritisme envers mon frère et la gestion de son diabète étaient omniprésents, me faisant sentir négligée et incomprise. Ma lutte interne, bien que moins visible, était tout aussi réelle et dévastatrice.

Ce conflit familial et le favoritisme évident ont laissé des cicatrices profondes, me poussant à garder mes émotions pour moi. À 12 ans, j’ai été forcée de renoncer à des plaisirs enfantins et de naviguer seule dans cette réalité complexe, souvent blâmée et incomprise dans mes réactions à l’environnement familial.

En tentant de construire une carapace émotionnelle, je me retrouvais seule face à la dureté de mes grands-parents pendant les vacances, une période marquée par l’incompréhension et l’indifférence. Ma marraine, Tinou, seulement cinq ans mon aînée et luttant elle-même contre l’anorexie, partageait mon calvaire. Nos grands-mères nous traitaient avec froideur, exacerbant notre sentiment d’isolement et notre besoin d’affection.

Ces expériences douloureuses ont creusé des cicatrices profondes et ont alimenté mes cauchemars. Des critiques constantes, comme être traitée d’insensible et de manipulatrice ou d’être réprimandée pour mon prétendu égoïsme, renforçaient mon sentiment d’injustice et d’incompréhension. Même lors d’événements familiaux anodins, comme un match de volley-ball interrompu par l’hypoglycémie de mon frère, je me sentais exclue et seule.

C’est dans ce climat familial difficile que j’ai glissé dans l’anorexie, cherchant désespérément à contrôler quelque chose dans ma vie. Mon poids a rapidement diminué, passant de 55 kg à 40 kg, mais je ne me voyais pas maigrir. Cette perte de poids n’a pas suscité l’attention ou l’inquiétude escomptée ; au contraire, elle m’a laissée encore plus isolée.

Face à cette situation, mes parents, impuissants, m’ont confiée à une psychotérapeute, Mme A…, mais les consultations se sont avérées infructueuses, laissant un sentiment d’humiliation et d’incompréhension. Mon combat contre l’anorexie, ignoré par mes grands-parents, a continué en silence, avec le soutien compréhensif de mes professeurs face à mes absences scolaires.

Alors que mes amis m’avaient abandonnée, mes parents restaient mon soutien principal malgré ma santé déclinante. L’hospitalisation devenait inévitable face à mon extrême faiblesse. Je rêvais d’une guérison, mais l’isolement et les traitements hospitaliers étaient des épreuves difficiles, souvent incompris par ma famille.

L’anorexie et la boulimie, traitées parfois avec peu de compassion, reflètent les failles de notre société et de ses standards de beauté irréalistes. Mon séjour à l’hôpital était une expérience mitigée, entre la rigueur des soins et le soutien quotidien de mes parents. La libération pour Noël dépendait de ma capacité à manger, un défi dans ma quête de guérison.

Après ma sortie, la joie des fêtes fut de courte durée. La dépression et les crises de boulimie reprenaient, sapant mon moral et ma santé. Face à l’incompétence de ma psychotérapeute et d’un psychiatre prescrivant du Valium, mes parents et moi cherchions de nouvelles solutions.

La prise de Valium apaisait mes crises d’angoisse, mais je décidais de m’en sortir seule, consciente des risques de dépendance. Malgré une rechute, j’ai réussi à stabiliser mon état. Mais mon épuisement psychologique était exacerbé par la mononucléose, m’obligeant à mettre en pause ma scolarité.

Ma lutte pour retrouver le goût de vivre était compliquée par la solitude et l’évitement de mes amis. J’essayais de reprendre le sport et de socialiser sur les conseils de ma mère, mais le rejet social était une épreuve supplémentaire. La solitude et le manque de succès sentimental pesaient lourdement sur mon moral.

Durant ma lutte contre l’anorexie et la boulimie, je me sentais isolée et incomprise, en conflit avec mon corps et mon esprit. Un amour non partagé avec un garçon durant deux ans a amplifié mon sentiment d’isolement. Bien que nous soyons seulement amis pour lui, mes sentiments étaient plus profonds. Il ignorait ma lutte contre les troubles alimentaires, et nos interactions se limitaient aux appels téléphoniques. Ma maladie ne lui fut révélée qu’en 1995.

Sur les conseils de ma mère, j’ai tenté un stage de volley-ball, mais mon état de santé m’a contrainte à abandonner prématurément. Cette expérience, ainsi que le changement d’école, ont accru mon anxiété.

Ma prise de poids a été un sujet de tension constante avec ma famille. Mes parents étaient soulagés de me voir manger, mais ne saisissaient pas entièrement mes émotions. Ma mère, en particulier, a toujours eu une approche ambivalente concernant mon poids, me suggérant des régimes dès l’âge de douze ans. Les remarques contradictoires et les attentes familiales ont alimenté ma confusion et mes troubles alimentaires.

En 1994, j’ai souffert de hernies discales à cause d’un excès d’activité sportive. Même après avoir frôlé la mort à cause de mon anorexie, ma mère m’a suggéré de suivre un régime à base de substituts de repas. Ces conseils contradictoires m’ont laissée perplexe et en quête de réconfort et de reconnaissance de la part de ma famille, indépendamment de mon poids.

Je luttais pour accepter mon poids, malgré les affirmations de mon père que j’étais toujours belle à ses yeux. Le poids que je jugeais acceptable ne correspondait pas toujours à la réalité de mon état de santé.

Lors de ma première visite à la cantine, j’ai reconnu chez Laurence, une camarade de classe, des signes de souffrance similaires aux miens. Sa présence est devenue un soutien précieux. À travers elle, j’ai mieux compris l’impact de mon anorexie sur mon entourage. Observer Laurence m’a permis de reconnaître des comportements qui m’étaient autrefois invisibles. Bien que je recommençais à manger, la lutte intérieure restait intense. J’essayais de cacher cette bataille à mes parents, épuisés par mon état.

Laurence est devenue une amie proche, partageant avec moi la lutte contre l’anorexie et la boulimie. En l’aidant, je revivais mes propres difficultés et me sentais motivée à la soutenir dans sa guérison. J’essayais de lui expliquer les phases de la maladie, tout en lui cachant mes propres crises.

Je l’ai encouragée à manger, me forçant à faire de même pour montrer l’innocuité de la nourriture. Notre amitié s’est renforcée, surtout lorsque je l’ai accueillie chez moi après un malaise. Cependant, l’attitude des autres élèves, malgré leur prétendue volonté d’aider, a souvent manqué de suivi et de sincérité.

Cette expérience a révélé la difficulté de certaines personnes à montrer de la compassion véritable, se contentant de gestes superficiels. Ma grand-mère maternelle symbolisait cette tendance à dispenser des leçons morales sans les appliquer, minimisant les problèmes des autres tout en privilégiant son fils.

Mon soutien à Laurence reflétait ce que j’aurais voulu recevoir pendant ma propre lutte contre l’anorexie. Son déménagement à La Réunion en 1992 m’a laissé un sentiment de solitude, mais j’étais soulagée qu’elle évite l’hospitalisation. Nos retrouvailles annuelles à Noël étaient un moment de joie, bien que nos chemins de guérison diffèrent.

Je me suis concentrée sur la préparation de mon baccalauréat, trouvant dans les études un refuge face à l’anorexie, la boulimie et la solitude. Sans amis proches ni relations amoureuses significatives, la solitude pesait lourdement sur moi, mais je restais fixée sur mon objectif académique, cherchant un avenir meilleur.

La vue de groupes d’amis ou de couples heureux accentuait mon sentiment d’isolement. Je passais beaucoup de temps à réfléchir, me demandant pourquoi ma vie était si différente et si difficile. Ces pensées constantes m’épuisaient émotionnellement.

Je pleurais souvent en silence, luttant pour maintenir un poids stable malgré la faim constante et la peur de rechuter dans l’anorexie. La solitude et l’indifférence des autres rendaient ce combat encore plus difficile.

J’ai réussi à obtenir mon baccalauréat, mais sans la mention que j’espérais, ce qui a été une source de déception personnelle. Malgré la fierté de mes parents, je ne me sentais pas satisfaite, illustrant la profondeur de mes attentes personnelles et la difficulté à trouver du réconfort dans mes réussites.

Après mon échec au concours de Lausanne, je me dirige vers l’école hôtelière d’Ecully, un choix qui déçoit mes parents. Passionnée par l’hôtellerie et la cuisine depuis mon adolescence, je fais face aux attentes familiales élevées et aux suggestions contradictoires sur ma carrière.

Mon stage au Trianon Palace sous la direction du chef G. Vié a été une expérience formatrice, où j’ai rencontré Eric, mon petit ami sommelier. Cependant, l’achèvement du stage m’a laissé sans emploi ni école, me poussant vers un sport intensif pour occuper mes journées et contrôler mon poids.

Les efforts sportifs excessifs ont conduit à deux hernies discales, nécessitant le port d’un corset et l’arrêt du sport. Cette période a été marquée par la douleur, les traitements médicaux et une baisse morale.

Lors d’une sortie familiale, la pression de ma mère sur mon poids m’a poussée à vomir pour la première fois, marquant le début d’une nouvelle rechute dans l’anorexie et la boulimie. Mes parents ont remarqué mon comportement, mais je n’ai pas pu leur avouer la vérité à cause de la honte et de la culpabilité.

Je me suis confiée à mon ami, cherchant du réconfort et de l’acceptation. Malgré les mois qui passent et mon état de santé qui se détériore, je me prépare à déménager à Lyon pour mes études, une perspective qui m’inquiète. Mes parents sont tristes et préoccupés, mais ils reconnaissent enfin que je suis malade.

Alors que je m’apprête à partir, je suis confrontée à la réalité de ma rechute et à l’épuisement qui en découle. Malgré une tentative de légèreté, je me sens au plus bas, marquant un autre chapitre difficile dans ma lutte contre les troubles alimentaires.

Jour J ! La rentrée! Ma mère m’a accompagnée mais après les cours elle ne sera plus là mais dans un train qui la ramène auprès de mon père et de mon frère, dans cette maison qui, soudain, me manque par dessus tout. Je pense à ma chambre, à mon petit chat, à mon univers. Je ne le verrai que les week-end. Désormais je dois m’accoutumer à cette chambre d’étudiant dans cette résidence réservée à l’école hôtelière.

Le premier contact avec ceux qui allaient partager mon année fut comme d’habitude difficile. Je ne suis vraiment pas en phase avec eux c’est parce que je suis beaucoup plus mûr qu’eux selon une psychologue. Moi, j’aurais préféré être comme eux, bête, au moins j’aurais eu des amis. Mes parents disent qu’ils sont inintéressants. J’essaye de leur expliquer que c’est mon monde, des gens de mon âge. J’aimerais être comme eux, m’amuser, aller danser.

Oh! tout bien réfléchi, c’est vrai, il vaut mieux être intelligent et mûre. Je me vengerai plus tard en réussissant ma vie professionnelle mieux qu’eux; je l’espère et le veux plus que tout.

Mon but est d’avoir mon propre restaurant, de faire des menus, des réceptions, de faire découvrir la cuisine au gens, de gérer une affaire. La cuisine et la restauration c’est une véritable passion.

J’ai eu mon emploi du temps. La sauce à laquelle nous allons être mangé cette année est très amère, insipide : au programme 90 % de pratique en cuisine et en salle et des journée de douze voir quatorze heures du lundi au vendredi inclus.Ce n’est pas des blagues, c’est l’enfer! Des gens ont eu du mal à le croire mais c’est vrai. Cette école coûte à chaque parents 100 000 francs par an et ceci pendant trois ans. Les élèves triment. Ils se servent de nous pour faire marcher un restaurant d’application qui peut rivaliser avec n’importe lequel des restaurants gastronomiques. C’est de l’arnaque, mes parents sont furieux. Je me lève pour être sur place parfois à 7 heures jusqu’à 21 heures le soir ou jusqu’à 2 heures quand nous sommes en salle du restaurant. Tous les élèves sont crevés épuisés. Durant les cours théoriques nous dormons. Même moi qui n’ai jamais dormi pendant un cours je plonge dans un sommeil incontrôlable. Epuisée c’est le mot, mais il faut que je tienne le coup pour mes parents. Ils ont tant investi. Je veux prouver que je suis forte!

Mais comme si ce rythme d’enfer ne suffisait pas à nous achever nous avons droit à un bisutage. Je le redoutais. Mes parents pensaient qu’il n’y en aurait pas étant donné le prix que des études qui laisse supposer que nous serions bien protégés. Pourtant ils seront apeurés et scandalisés, lorsque le soir même, je leur raconterais la torture vécue cette après midi du 12 octobre 1994. Il est 13 heures, les professeurs nous disent de descendre alors que nous sommes en plein travail et que les clients sont encore à table. Pas moyen d’y échapper!

Durant cette journée j’ai eu la possibilité de me familiariser avec cette coutume qui fait frémir, en silence, le plus téméraire des étudiants: le bizutage! Je savais ce que c’était. Je connaissais certains dérapages et je n’approuvais pas ce rite: pour moi il était, avant tout, l’apanache de certaines facultés de médecine ou, encore, de grandes écoles telles que les Beaux arts à Bordeaux ou Sainte-Geneviève à Versailles. Pendant un instant je crus m’être trompée d’école. Mais non j’étais bien dans le château servant de batiment à cette très coûteuse école. Pour ce modique prix, avec une température de 10 °C j’ai connu des humiliations qui me marqueront longtemps. Heureusement un an plus tard- je n’ai pas tenu les trois ans, j’ai arrêté le massacre avec l’accord et même l’influence de mes parents qui m’ont vu dans un état pitoyable durant ces mois d’études. J’ai tenu et c’est le principal- j’ai pris le téléphone pour me confier à J.C Delarue et j’ai accepté de témoigner à visage découvert ce que peu de gens osent faire par peur des répercutions sur leur vie professionnelle. J’ai rencontré Aude Wacziarg qui a écris un livre afin de se libérer de son bisutage. Je suis également passerée à la télé. Ceci m’a fait un bien fou. En aucun cas je ne me soumettrai à un nouveau bisutage, j’aurai la force de dire non!

Je me souviens de mes cris, mes pleurs, mes tremblements de froid car nous sommes en tee shirt, de ce bandeau m’ôtant toute liberté, tous mouvements. J’ai mal, j’ai peur. Je ne comprends pas comment des gens ayant vécus la même épreuve un an auparavant puissent le faire revivre à d’autres. Tout le monde crie : les bizuts apeurés et les bizuteurs déchainés sous les yeux des professeurs qui semblent se réjouir de notre souffrance.

À 17h30, après une journée éprouvante de bizutage, je suis rentrée dans ma chambre, traumatisée et épuisée. Le bizutage m’avait laissée tremblante, meurtrie, et recouverte de peinture et de boue. En prenant une douche, j’essayais désespérément de me débarrasser de la saleté et de l’humiliation. Mes parents, informés des événements, ont contacté le directeur de l’école pour exprimer leur indignation, mais aucune excuse ne m’a été présentée par l’établissement.

Le harcèlement a continué après mon témoignage public, avec des insultes, des dégradations sur ma voiture et des brimades nocturnes. Malgré la beauté apparente de l’établissement, j’ai réalisé la dureté sous-jacente de l’environnement.

J’ai décidé de ne pas quitter l’école immédiatement pour ne pas laisser mes agresseurs triompher, mais j’étais déterminée à ne pas y retourner l’année suivante, optant pour un B.T.S d’hôtellerie par correspondance.

Un soir de janvier, j’ai appris le suicide de Solenne, une connaissance qui a succombé à ses propres luttes. Sa mort m’a profondément choquée et attristée. Je comprenais sa douleur, ressentant une connexion profonde avec elle malgré notre connaissance limitée. Sa décision, bien que tragique, m’a amenée à réfléchir sur la notion de courage face au désespoir.

Le suicide de Solenne a profondément affecté mon état d’esprit, me laissant avec un sentiment de vide et une colère immense. Je comprends que sa décision de mettre fin à ses jours n’était pas un acte d’égoïsme, mais plutôt un ras-le-bol face à la souffrance qu’elle infligeait à ses proches et à elle-même. Ce soir-là, après avoir appris son décès, j’ai travaillé automatiquement, submergée par un mélange de tristesse et de colère.

De retour dans ma chambre, j’ai choisi d’exprimer mes sentiments non pas en cassant des objets, mais en écrivant. J’ai rédigé deux textes qui reflètent ma lutte contre l’anorexie et la boulimie, des textes que je n’ai partagés que bien plus tard. Aujourd’hui, je les inclus dans mon histoire pour rendre hommage à toutes celles qui ont succombé à ces troubles et pour tenter d’aider ceux qui sont encore en lutte.

Le premier texte, intitulé ‘Mon Enfer’, décrit la nourriture comme une drogue et une prison, évoquant les tourments et la douleur causés par la boulimie et l’anorexie. Il illustre le cycle vicieux de la maladie et la difficulté de choisir entre le plaisir de manger et le désir de vivre.

Le second texte, ‘Le Malaise’ (1995), exprime la confusion et le désarroi face à la maladie, questionnant la capacité de parler ouvertement de ces troubles souvent tabous. Il souligne la réalité mortelle de ces conditions, faisant référence à d’autres victimes comme Valérie et une jeune danseuse, soulignant l’urgence de reconnaître et de traiter sérieusement ces maladies.

Après une journée traumatisante de bizutage, je rentre dans ma chambre, épuisée et désemparée. L’expérience du bizutage m’a laissée bouleversée, avec des séquelles physiques et émotionnelles importantes. Ma réaction immédiate est de partager mes sentiments avec mes parents, qui expriment leur mécontentement à l’école, sans toutefois obtenir d’excuses.

Le suicide de Solenne m’a profondément touchée, me faisant ressentir un vide immense et une colère contre la maladie qui nous consume. Dans un élan de désespoir, j’écris pour exprimer ma douleur, ma colère contre la maladie, et mon incompréhension face au suicide. Mes écrits dépeignent la souffrance liée à l’anorexie et à la boulimie, ainsi que la lutte constante contre ces troubles.

Le départ de l’école hôtelière en mars 1995 marque la fin d’une période éprouvante. De retour chez moi, je suis physiquement et émotionnellement affaiblie, incapable de poursuivre un stage et souffrant d’une perte de poids significative.

Mes parents, inquiets pour ma santé, m’encouragent à consulter une nouvelle psychothérapeute. Bien que la communication avec elle soit meilleure que mes expériences précédentes, ses méthodes et ses commentaires sont parfois inappropriés et contre-productifs pour ma condition. En particulier, ses remarques sur l’importance d’être mince sont perçues comme insensibles et exacerbent mes troubles alimentaires. Finalement, je décide de ne plus la consulter, soutenue par l’accord de mes parents.

En m’inscrivant au CNED, j’ai retrouvé ma passion pour l’étude, me plongeant dans des cours de cuisine et de restauration. Bien que mes journées soient remplies, mes problèmes de troubles alimentaires persistent, avec des épisodes continus de vomissements. Malgré une amélioration de mon moral grâce à mon travail autonome, je reste confrontée à des troubles de sommeil et une fatigue constante, exacerbée par des cauchemars et des symptômes liés à mes carences alimentaires.

Face à ces défis, ma mère me suggère de consulter une kinésiologue. Cette rencontre se révèle être une expérience positive. La kinésiologue adopte une approche différente de celle des psychologues traditionnels, se concentrant sur le corps et l’écoute sans jugement. Grâce à elle, j’arrive à parler de mes problèmes familiaux et de mes difficultés de communication avec mon frère, Fred.

Fred ne comprend pas ma maladie et adopte une attitude provocatrice et parfois même agressive envers moi, ce qui aggrave mon sentiment de culpabilité et ma souffrance émotionnelle. Malgré les suggestions de la kinésiologue pour une intervention ou une confrontation, je doute de la possibilité de convaincre Fred de consulter un spécialiste.

La perception générale des psychologues comme des juges ou des figures intimidantes est un obstacle majeur, tant pour moi que pour ma famille. Bien que reconnus comme importants, les psychologues sont souvent vus avec méfiance, renforçant l’idée que la consultation d’un spécialiste est une démarche difficile à accepter pour beaucoup.

Depuis ma maladie, j’ai gagné une perspective nouvelle et empathique, surtout envers ceux qui souffrent de troubles alimentaires. Bien que les réactions de ma famille face à la psychologie soient parfois contradictoires, j’ai pris l’initiative de consulter une kinésiologue. Sa méthode d’écoute et de traitement physique m’a apporté un certain réconfort, même si je n’ai pas ressenti d’amélioration significative dans mon état général.

Pendant ce temps, je poursuis mes études par correspondance avec le CNED, trouvant satisfaction et estime de soi dans mes bons résultats académiques. Cette réussite scolaire m’aide à me sentir utile et compétente, malgré la maladie. J’ai également développé un jeu sur la gastronomie, une initiative qui a été bien accueillie par mon entourage.

Mon évasion de la réalité se trouve dans le ski, où je réussis à surmonter mes limites physiques et à oublier temporairement mes troubles. Malgré les inquiétudes de mon entourage concernant ma santé fragile, j’ai réussi à accomplir des exploits sur les pistes, remportant même un trophée.

Cependant, les nuits sont toujours difficiles, marquées par la douleur physique et la détérioration de ma santé en raison de l’anorexie. Je suis consciente de la gravité de ma condition, mais je reste déterminée à lutter contre la maladie. Malgré la douleur et la honte liées à mes vomissements compulsifs, je m’efforce de cacher les signes physiques de ma lutte.

Je suis confrontée à des réactions de colère et de désespoir de la part de ma famille, qui ne comprend pas toujours la nature de ma maladie. Ma lutte est souvent solitaire, et bien que l’anorexie soit invisible aux yeux des autres, elle reste une condition sérieuse et potentiellement mortelle.

Mes parents affirment que je vais m’en sortir mais moi je n’en ai pas l’impression, il ne veulent pas entendre ces mots. Ce n’est pas de la résignation mais je n’en peux plus de lutter, je n’ai plus de ressources. J’ai envie de respirer même si je dois souffrir physiquement. Vous devez savoir que nous nous souffrons mais la pression de l’entourage, la souffrance de l’entourage nous fait souffrir bien plus. Si les gens arrêtaient de me dire “tu es maigres” ou “regarde tu n’as presque plus de cheveux (c’est vrai mes superbes cheveux blonds qui étaient la seule chose dont j’étais fière sont tombés, il doit m’en rester la moitié et c’est une grande souffrance pour moi)” nous, anorexiques nous aurions un poids en moins. Un jour mon ami m’a raconté que quand il disait à des gens ce que j’avais ils répondaient : “tu dois l’aimer, moi je ne le supporterais pas”. Que puis-je penser si ce n’est que plus personne ne voudra de moi ?

Nous sommes le 28 Juin , je pianote sur le clavier pour connaitre les résultats de mon BTS. Victoire! Le mot magique s’affiche: admis! J’ai réussi à passer un B.T.S seule, sans copains, sans professeurs. C’est encore une victoire pour moi. Si seulement je pouvais la fêter avec des amis mais je n’en ai aucun. Je resterai avec ma famille.

Maintenant, je dois penser à la rentrée. J’ai décidé après bien des réflexions de m’inscrire dans une école hôtelière afin de préparer un “MASTER de gestion hôtelière” ce qui équivaut à un bac +4. J’ai dépassé mes collègues de Lyon qui doivent finir leur deuxième année à l’heure actuelle et qui n’auront au bout de trois ans qu’un diplôme bidon, non reconnu dans le milieu de l’hôtellerie et pas plus au niveau national. Espérons que je vais tenir, heureusement je ne serais qu’à une heure de chez moi. Si j’ai un coup de cafard, je pourrai revenir chez moi. Maintenant je vais partir en vacances et allez faire du ski nautique en trainant mon corps faible et douloureux et mes 45 kg.

Nous sommes au mois de septembre; plus qu’un mois et je reprends contact avec le monde social. Ma vie sociale va recommencer. Quelle peur! J’ai toujours redouté d’aller vers les jeunes de mon âge. Je suis peut être d’une autre planète comme Solenne “n’était pas d’ici” d’après son père.

Pour bien débuter l’année un petit problème ne fait de mal à personne, même pas à moi. Visite chez le dentiste parce que j’ai mal au dent. Découverte : je n’ai plus d’os gingival il faut faire une greffe osseuse de la gencive. Le dentiste ne comprend pas, ce n’est pas normal du tout à mon âge. Pourtant, moi je sais, ce n’est pas difficile ce sont les vomissements et mes carences qui font leurs effets pervers. Elle, elle ne peut s’avoir ou deviner, je ne lui ai pas dit ce que j’avais et ce n’est pas inscrit sur mon visage. Ma maigreur n’est pas synonyme d’anorexie, certaines personnes sont des fils de fer, naturellement parait-il. Je ne parle pas des mannequins, elles se privent toutes même si elles le nient.

Mes parents connaissent également la cause de ces problèmes dentaires. Quelle saleté cette maladie! Elle détruit au fur à mesure, lentement. On perd ses cheveux, ses dents, des fois, ses ongles (ce n’est pas encore mon cas). Le corps est en contracture permanente, il est douloureux, on a des vertiges, on est fatigué. Ses effets discrets, personne ne les voie; mes grands-mères ne s’en rendent pas compte et n’en parlent jamais. C’est tabou! L’autre jour une d’elles m’a dit que j’allais mieux puisque j’acceptais de parler de me maladie: “non, mamie ce sont les autres qui refusent d’aborder le sujet par peur ou par honte je ne sais pas. Il ne faut pas tout confondre”.

Les anorexiques font tout pour cacher leur malaise, je ne veux pas gêner. Je n’avais jamais eu de malaise à l’extérieur ou devant les autres. Pourtant, l’autre jour, alors que j’étais à la pharmacie pour acheter l’insuline de mon frère, ma vue s’est troublée, j’ai eu des vapeurs, mes jambes se dérobaient, je luttais au maximum pour ne pas m’écrouler au milieu de tous mais ce fut trop fort je savais que je devais m’assoir. Je le fit, la pharmacienne s’en rendit compte et alla me chercher du sucre. Je prétextais une simple chute de tension passagère. Après dix minutes j’étais de nouveau à l’attaque. J’ai eu très peur. Ce fut comme cette semaine qui suivait un week-end ou j’avais beaucoup travaillé en vue de la préparation du buffet des noces d’or de mes grands-parents maternels. J’avais fait la cuisine pour trente personnes. Un beau buffet. Pendant trois jours j’ai pu à peine marcher. Ma mère hésitait à appeler le docteur mais je lui ai interdit. J’étais inerte, j’eus très peur de ne plus pouvoir lutter. Je ne veux pas retourner à l’hôpital! Heureusement j’ai réussi à me relever; mais c’est vrai quand on me dit “c’est reculer pour mieux sauter”.

La vie est injuste! J’ai beau clamer mon innocence, essayer de me faire pardonner mais celui qui est soit disant là-haut est tout d’un coup devenu sourd à ma souffrance comme à celle de bien d’autres plus malheureux. Ce que je regrette c’est de ne pas avoir eu d’adolescence et l’insouciance qui va avec. Je n’ai pas connu les soirées entre copains, les sorties au cinéma, les sorties en boîtes, les rires, les après-midi passées sur un banc à parler pour ne rien dire simplement pour être ensemble.

Les seules soirées où je suis allée se comptent sur les doigts de la mai. Je me sentais de trop. Pourquoi? Je ne sais pas! Je cherche en vain. C’était une peur, une angoisse, un sentiment de vide, d’être perdue qui montaient très vite. J’essayais de rejeter ces impressions. Je voulais être comme eux. Je n’y parvenais pas.

J’avais peur des autres et de ce maudit buffet indispensable que je n’osais approcher par peur de craquer sur les gâteaux, les chips. Je les voyais manger sans honte, sans arrière pensée. Ils dansaient gaiement. J’adore danser parce que j’adore la musique, les disques. Ma collection de CD est un bijou pour moi: 160 disques qui regroupent tous les rythmes, les chanteurs que j’aime. Mon chanteur préféré est Michel Sardou parce que ses chansons sont riches, vraies; “J’accuse” décrit très bien la nature humaine telle que je la vois. Chaque disque a son sens, son importance. Un coup de cafard et je mets Queen, mon groupe préféré.

Envie de danser, je m’éclate seule dans ma chambre avec des rythmes endiablés. Il parait que je danse bien. Dans tous ces titres il y en a trois qui décrivent ce que je ressens, les paroles sont des messages que je voudrais faire passer aux autres: le “Mal aimé” de CLOCLO, Dans “VIVRE VIVRE” de F.Feldman je retrouve cette lutte effrénée pour survivre, pour retrouver le chemin sur lequel cinq auparavant je me suis égarée, peut-être à jamais. Et puis il y a “Tristana” de Mylène Farmer, une chanson qui aurait pu convenir lors de l’enterrement de Solenne.

C’est une chanson pure, triste, dure, violente. Seulement il faut bien écouter. Ce sont les paroles qui sont importantes et non celui qui les chante.

Mais, si je regrette cette jeunesse, je ne souhaite pas effacer cette expérience que je vis encore car dans chaque mal on peut retenir quelque chose, il faut y croire, c’est vrai. En effet, ma maladie m’a enrichie mais à quel prix!

Si j’ai mis longtemps pour écrire ces lignes, c’est pour ne pas choquer faire du mal à ceux que j’aime et qui ne vont peut être pas comprendre le message caché. Mais si le fait de tout dévoiler, mes peines, mes impressions peut me soulager, tant mieux, je n’aurais pas tout perdu. C’est aussi une manière de m’exprimer sans être interrompue par des gens cherchant à comprendre le pourquoi de la chose. Non, il faut tout écouter, tout entendre. Ceci s’adresse à toi maman: “je sais que tu adores tes parents, mais j’ai des fois l’impression que tu es trop proche d’eux, tu n’as pas vu ma souffrance par peur de rompre quelque chose dans tes relations avec ta mère. Je t’ai vu pleurer et ne plus me parler parce que je parlais de ta mère et, toi, tu refusais d’entendre ce qui pouvais ne pas aller de ce côté. Tu ne voulais voir que ce qui n’allais pas chez moi. Je devais être la seule à m’interroger.

Maman je t’aime plus que tout mais j’ai souffert de paroles. Et, si ta maman t’aime comme moi je t’aime elle comprendra que rien n’est de ta faute. Tu ne m’as pas influencé, c’est ma vie, c’est à moi de décider, je dois le faire c’est un conseil de quelqu’un que vous m’avez emmenée voir. J’ai décidé d’écrire”.

Je sais que jamais je n’oublierais cette période de ma vie si un jour je dois guérir. Je sais que je devrais toujours lutter. Mon coeur est une plaie béante où se mêlent, angoisse, colère, haine, amour, envie de vivre. L’anorexie est une maladie et non un caprice. Croyez moi, c’est dur très dur! C’est une quête de la beauté, de la perfection. C’est une introspection personnelle permanente. Sans arrêt, ma tête est pleine de questions sur tout et rien, la nuit mes idées tournent et retournent les images du passé, les dialogues reviennent, même 5 ans plus tard comme une poésie que je connais par coeur. Je rumine comme dit mon papa!

J’ai des parents merveilleux qui ont compris beaucoup ou en tout cas qui savent que c’est une maladie. Moi, je me sens encore coupable. Mon plus beau rêve est celui où un matin je me réveille, allume la télé et entends un communiqué disant qu’on venait de découvrir que l’anorexie et la boulimie sont des maladies génétiques, un remède vient d’être découvert. C’est la délivrance, je suis la plus heureuse et je pleure dans les bras de ma maman et de mon papa. Mais c’est un rêve utopique; pourtant, au moins, cette maladie serait reconnue par la société et le sentiment de culpabilité qui habite les malades disparaitrait. Il n’y aurait plus de gens, si on peut qualifier ces personnes d’humaines, qui profiteraient des anorexiques pour en faire commerce en les transformant en mannequins, en produits, en porte manteau.

Effectivement, elles ont le physique! Je n’en ai pas cru mes yeux lorsque j’ai lu qu’il existait des agences de mannequins anorexiques recrutées à la sortie des hôpitaux. On marche sur la tête! Ces personnes ont perdu toute sensibilité, toute humanité. Toutes les valeurs, les limites de la décence ont disparu.

J’aimerais tant ne plus avoir tout le temps faim, ne plus être apeurée par la nourriture au point de ne pas oser aller au restaurant avec mes parents par peur de les gêner. Je ne veux pas qu’ils me reprochent de gaspiller parce que tout ce que je mange je le vomis. J’aimerais ne plus avoir peur de ne pouvoir me contrôler face à la nourriture. Une boulimique ne peut se contrôler et en plus mange énormément ce qui implique des dépenses financières importantes. Toutes ces facettes de la maladie les gens ne les connaissent pas et pourtant c’est vrai, moi je le vis. Je continue à me lever chaque matin, à chercher cette ancienne Nathalie, une petite fille pleine de vie. Peut-être, un jour, je pourrai, de nouveau, me regarder dans ce miroir en me disant c’est vrai ils ont raison je suis mignonne. Pour l’instant ce n’est pas le cas.

Avant de refermer mon coeur et par la même occasion le bouchon de mon stylo, je voudrais ajouter quelques mots qui me tiennent à coeur. Des livres sur l’anorexie, j’en ai lu mais il en est un que je n’ai jamais pu finir c’est celui de Valérie Valère car il est trop dur. Je me revois en elle et je pleure pour elle, pour sa souffrance. Je ne veux pas connaitre la fin car la véritable fin c’est sa mort alors qu’elle n’était que très jeune. 26 ans c’est trop jeune pour mourir! C’est un livre beau, vrai et violent. Pendant ma lecture des images du passé resurgissaient accompagnées aussitôt par mes larmes. Ce sont les mêmes cris de haine, la même souffrance, la même solitude, la même bataille, la même vie. Bravo Valérie! Moi, ma haine reste entière, si je reste c’est parce que je n’ose mettre en pratique mes plus dures pensées. Je n’ai pas le même courage que solenne!

J’ai écrit ces lignes pour les enfants, pour les parents, pour les frères et soeurs d’anorexiques, pour les anorexiques. Je veux leur dire, “vous n’êtes pas seuls”, je le croyais aussi avant d’avoir lu des livres. Accrochez-vous, ne baissez pas les bras. J’écris aussi pour dénoncer la médecine prônant des méthodes préhistoriques que décrit mieux que moi Valérie Valère.

Nous, anorexiques, nous ne sommes pas les coupables, on ne doit pas être en marge de la société. Cette maladie est bien là encrée dans cette société. Elle progresse parce que les jeunes filles souhaitent ressembler à toutes ces photos de filles filiformes. Le physique idéal soit-disant. A bas les canons de la beauté et de la mode. A bas les Claudia Schiffer, les Cindy Crawford et compagnie.

Il faut revaloriser le naturel, la beauté sans artifices. Je termine avec les mots d’une anorexique lors de Bas les Masques: “Je ne m’accepte pas, je fais des efforts pour quelqu’un pas pour moi”. Elle est morte! Moi, cinq ans après je suis toujours malade et je pense que l’anorexie est une maladie dont on ne guéri jamais tout à fait; elle en nous, ancrée dans notre coeur.

J’ai été anorexique, je suis anorexique-boulimique et je serais……

Bon courage à tous. “La vie est la plus forte” disait un tétraplégique. Il a raison! Il est plus atteint que moi et a le courage de vivre. Mais on ne peut pas souffrir à la place des autres, on ne peut qu’essayer d’imaginer. Je veux m’en sortie croyez-moi ! C’est un cri d’espoir ou un cri de désespoir, à vous de juger.

Papa, maman, Fred, pardon pour le mal que je vous fais mais je vous aime très fort. Personne n’est parfait, tout le monde commet des erreurs ce sont vos propres mots.

Je continuerais à marcher vers je ne sais quel avenir !

Moi anorexique-boulimique, je suis debout! J’existe !

LE NOUVEAU SIECLE

Nous y voilà: un nouveau siècle commence et avec peut être la chance! L’espoir fait vivre. Adieu 1999 bienvenu dans l’An 2000. Année 2000, année soit disant magique, considérée depuis plus de deux ans comme l’ “Avènement ” du siècle; 2000 sonne comme une frontière, le début, mais de quoi ?

Personnellement je me suis réveillée le 1er Janvier comme la veille, toujours boulimique et anorexique depuis 10 ans maintenant. Ce passage, qui devait être célébré dans la joie et la fête, fut pour moi plutôt une épreuve.

J’ai souvent détesté le Nouvel An car toujours seule, sans amis. La soirée se résumait en un repas familial et à l’attente de minuit histoire de respecter la coutume, de se livrer aux sempiternelles embrassades et meilleurs vœux et surtout Bonne Santé.

Cette nuit, je la redoutais : pour la première fois depuis cinq ans j’étais célibataire. Eric m’a laissé tomber! Je passais donc la soirée chez mes parents même si j’avais émis le souhait de rester seule chez moi afin de ne pas les déranger sachant que ma compagnie ne serait pas des plus agréables vu mon abattement. Ils ont tout de même réussi à me convaincre. Toute la soirée je me suis obligée à refouler mon chagrin, mes larmes, mon sentiment de solitude et je fis autant que possible bonne figure. Pourtant, à Minuit ce fut comme une énorme vague qui m’emportait et faisait remonter mon flot de sanglots si difficilement retenu. Une boule se forma, une bouffée d’angoisse me submergea et les pleurs jaillirent alors que ma mère se penchait sur moi pour me souhaitait une Bonne Année. J’eus mal physiquement, mon corps noué souffrait de la solitude et du sentiment de ” trahison ” qu’avait provoqué ma rupture avec celui qui m’avait supporté tant bien que mal cinq ans durant. Si j’emploie ce terme c’est parce qu’en justifiant cette rupture, il me fit ressentir quel fardeau je pouvais être et quel mérite il fallait avoir pour vivre avec moi.

Je me suis sentie sale, petite, minable, coupable et affreusement mal aimée. Ma maladie, soit disant considérée comme maladie, même pour lui, m’a coûté la perte de mon ami, une petite parti de mon faible équilibre moral.

Ma vie, mes pas sont guidés par les êtres que j’aime le plus au monde : mes parents. Ma force que je puisait dans leur réconfort, leur amour faillit s’épuisait. Ce soir de 24 Novembre 1999 lorsqu’il m’annonça la rupture définitive je chavirais. En plus, il avait choisi ce jour là : le 24 Novembre 1999, six ans jour pour jour après notre rencontre.

Depuis plusieurs mois, nous étions à la dérive. Je travaillais depuis Avril ce qui me faisait beaucoup de bien et me permettait d’être utile à quelque chose, sentiment que je ne connaissais plus. J’étais contente, le vent tournais peut être. Mes relations avec mes parents allaient mieux. Je parvenais à leur parler davantage de mes problèmes, de ma boulimie. Ils acceptaient les effets de cette terrible plaie. J’avais moins peur de manger devant eux, ils me laissaient dévorer ce que je voulais. Je savais qu’ils arrivaient à imaginer un peu ce que pouvait me coûter au sens propre et figurer ma maladie au quotidien. Ces dépenses me rendaient la plus coupable possible mais je les acceptaient mieux me.

Toute cette avancée, ces progrès je les devais, aussi, à une femme formidable qui m’a réconciliait avec les Psy.

Un jour que mes parents me persuadaient de voir encore un nouveau bourreau du cerveau, j’ai pris l’annuaire et composé deux numéros. Le premier ne répondit pas, mais au second, une voix de femme douce me parvint à l’oreille. Le rendez-vous fut pris.

Le jour ” J ” je pénétrais dans un appartement clair, chaleureux accueillie par une femme élégante et souriante. Je ne sais pas ce qui s’est passé, immédiatement je me suis sentie à l’aise et les mots sortirent sans efforts. Je me suis sentie écoutée, comprise et, surtout, il n’y avait plus de questions , très caractéristiques des psys et de leur théorie freudienne, avec des ” pourquoi ” partout.

Elle ne me toisait pas telle un spécimen. Nous parlions de tout et de rien. Elle fut tout de suite désireuse de s’occuper de moi mais aussi elle a demandé à voir ma mère. Je me suis dit bon courage! Pour la première fois je n’allais pas être la seule confrontée aux évènements. La malade n’était plus soignée dans l’isolement. Où allait mener ceci ?

Ainsi les mois se déroulaient avec des jours plus ou moins difficiles. Entre Eric et moi la communication devenait quasiment impossible. Toute discussion conduisait inexorablement à une dispute. Les mots volaient et c’était une destruction mutuelle, sauf que les forces étaient inégales.

Lui parvenait à me détruire par des mots, des phrases me plaçant constamment en coupable et en responsable de notre pitoyable situation conjugale. Perdue, je ne savais plus que faire. Eric parvenait à me convaincre que tout était de ma faute. J’essayais, tant bien que mal, de faire des efforts, de lutter contre mes blocages mais rien à faire. Il ne comprenait pas que je n’y pouvais rien.

L’éternelle sensation d’avoir envie mais de ne pas pouvoir dominer la ” Petite Voix ” me tenaillait, mais cette ” déraison ” personne ne parvenait à l’assimiler et à l’accepter.

Je lutte avec mes armes si faibles soient elles. Je tente de mener une vie aussi normale que possible. Travailler était à mes yeux une victoire. Se lever tous les matins étaient des petits pas pour les uns mais des pas de géant à mes yeux. Affronter le monde, travailler avec des gens était un apprentissage. Tout ceci je le faisais, bien évidemment, en veillant à surtout ne rien laisser transparaître concernant de mon terrible et honteuse ” secret “.

L’heure du repas était un obstacle à franchir et chaque jour était un défi à l’imagination. Je ne laisser rien deviner. Parfois dans la journée j’avais faim, cette envie de manger était horrible, à vous tordre de douleur. Je résistais et travaillais.

Les journées se déroulaient ainsi. Un jour alors que j’attendais l’ascenseur à un étage je me suis sentie mal, la sensation de partir et lorsque j’ouvris les yeux j’étais par terre: je m’étais évanouie ! Mon premier réflexe fut de regarder autour de moi, j’étais seule, personne ne semblais m’avoir, un soulagement.

Je me suis relevée dans les vapes, titubante, une jeune femme travaillant au sein de l’entreprise me vit blanche comme un linge; elle fut formidable, je n’eus pas besoin de parler elle avait deviné et je compris pourquoi quand elle m’a expliqué que la meilleure amie de sa fille était atteinte d’anorexie. Elle m’a pris avec elle pendant 20 min, m’a fait asseoir, et boire de l’eau sucrée. Elle n’a rien à personne et je suis retournée travailler comme si de rien n’était. Il était dix heures et je finissais à vingt heures trente.

Ma psy m’a dit que je devais avoir un organisme très fort car je ne tombe pas et bizarrement ne suis jamais malade alors qu’autour de moi gravitent des milliers de microbes logeant dans les organismes affaiblis des pensionnaires. Mes collègues mouchent, éternuent, ont mal au ventre, sont fatigués par un rhume ou une gastro-entérite. Moi! Rien!

Pourtant peut-être que si je tombe on dira alors vraiment que je suis malade et je n’aurais pas ce sentiment d’être la petite capricieuse se complaisant dans son malheur, se lamentant sur son sort et vous serinant les oreilles avec son éternelle fatigue.

Oui, car papa et maman c’es le message que vous me renvoyer à travers vos mots vos leçons sur la vie quand j’attends de vous seulement des mots réconfortants, que vous me compreniez.

De plus en plus alors que j’avais l’impression d’être sur la bonne voix vous vous posiez en donneurs de leçons. Vous en avez marre et ne voulais plus supporter cela, en un mot, je vous agace et tout ceci toutes les fibres de mon cœur le ressentent. L’espoir a fait place au découragement et ceci surtout depuis qu’Eric m’a plaqué. Je l’ai vécu tel une trahison : Il m’a laissé tomber à cause de ma maladie ! C’est terrifiant de se dire qu’à cause d’une maladie on vous rejette.

Mais voilà, je ne suis pas une malade commune !! Peut-être qu’avec une jambe en moins, des séances de chimiothérapie ou des piqûres quotidiennes il serait encore avec moi et mes parents en aurait moins gros sur le cœur. Ils ne disent pas à mon frère que ces injections sont énervantes, qu’ils ne supportent plus ses hypoglycémies. Non, lui il a des raisons tangibles, parce que physiques de souffrir et d’être malade. Moi qu’ai-je à part mes plaies morales, psychiques. Mon physique ne semble pas suffire et je pense qu’ils n’ont aucune idée de ma fatigue en tout cas il ne me le montre pas.

Me dire des fois que c’est formidable les efforts que je fais pour travailler, me lever est-ce trop demander?

Me dire ménage toi, fais attention, repose toi si tu es trop fatiguée! Non ce qui importe c’est surtout ne pas se dévoiler et surtout conserver son emploi. Mes parents vivent dans la peur chronique que je perde mon emploi de par mon instabilité dans les rapports sociaux.

Les difficulté que je rencontre je leur raconte, je tente de faire valoir mes droits, de montrer que ce suis là et bien présente, mais eux le maître mots reste ” pas de vague, ne pas se porter pas préjudice et ceci même quand on pense avoir raison “.

Ma psy me réconforte heureusement en me disant que je suis dans le vrai car je finis par me croire totalement folle. Suis-je si anormale et invivable ?

Non, j’ai aussi raison mais l’attitude de mes parents est parfois maladroite et n’est pas faite pour me réconforter.

Maintenant je vis seule depuis le mois de juillet convaincue qu’un peu d’espace aiderait peut-être à sauver ma relation avec Eric. Il était soit disant d’accord aussi j’avais fait la démarche de déménager.

Très bonne démarche et difficile mais une victoire selon ma psy sauf que la suite ne fut pas celle espérée.

Eric en a profité pour mettre un terme à notre relation et même à rencontrer quelqu’un. Mais là encore ce fut de ma faute. La tâche fut facile ! J’avais fais un pas important, je ne l’envahissais plus chez lui.

Me voila donc seule dans un studio. Mes parents certes m’aident matériellement mais je tente d’être le plus indépendante possible ce qui n’est pas facile quand on connaît réellement le coût engendré par une telle maladie qui ne bénéficie, bien sur, d’aucun soutien. La Sécu c’est pour les autres et non pour les accros de la bouffe !

J’avance vers un avenir, encore inconnu.

Je suis, tout de même, heureuse d’avoir rencontrer ma psy qui fait preuve d’une compréhension et d’une gentillesse que je croyais inexistante dans cette “espèce de médecine”. Elle m’aide à affronter le quotidien.

Les rendez vous avec ma mère sont plutôt inutiles puisque maman ne comprend pas que c’est pour elle. Elle les considère comme des rendez vous destinés à délibérer de moi, sur le “ce qui va bien et va mieux” dans mon cher comportement de “tarée chronique”. Jamais elle ne se remet en question.

Mais rencontres avec ma psy se sont espacés car mon travail me crève et après de telles journées je n’ai pas la force d’allait vider mon sac et ma souffrance. Ma mère ne le comprend pas et me reproche ce soit disant laissez aller.

Je tiens toujours, je me lève tous les matins décidée à lutter mais avec l’immense impression que les journées se répètent inlassablement.

Pour ne pas sombrer dans la boulimie désordonnée comme chez certaines, j’ai essayé de régler ma nourriture et la partition de cette musique est digne d’un Mozart en herbe. Le matin PDJ, déjeuner à midi, quand je ne travaille pas, sinon ceinture (commencer à manger pour moi c’est l’engrenage), vers cinq heures un repas, puis le dîner et manger avant de se coucher.

Même si j’essaye de résister je ne peux pas, toutefois je me refuse de céder davantage et lorsque la tentation gagne je suis encore plus coupable.

Parfois, la faim, l’envie de manger vous tenaille, accapare toutes vos pensées. Non je ne céderais pas !! Alors c’est la souffrance morale, la concentration absolue sur mon ” moi ” qui dit non, résister surtout résister, même si on a mal physiquement. Soulagée, je n’emploie pas le terme de contente (volontairement), vidée, je peux me relâcher. Mais pour combien de temps encore ? Je finis par me rendormir.

Je fais tout pour essayer de m’occuper, de rejeter ce sentiment d’impuissance face à cet enfer. Ouvrir un livre est un effort, lire cinq pages est un exploit. Risible aux yeux du commun des mortels mais tellement important pour nos yeux de boulimique et anorexique.

Nous sommes évanescentes mais emplis d’une force qui nous dévore, nous tue à petit feu.

J’ai choisi de vivre le moins mal possible et je suis contente et même heureuse de voir qu’après tout je vie certainement mieux que ces jeunes filles écorchées à vif emprisonnées derrières des murs blancs que sont ceux des cliniques et hôpitaux.

Leur traitement : la torture morale dirigée par une théorie paradoxale ! En effet, parce que considérées comme asociales, inadaptées au monde pour les guérir, les aider à communiquer on les coupe du monde extérieur.

Comment alors se durcir, apprendre à vivre ?

Au lieu de leur apprendre à affronter le monde on en fait des ermites qui sortiront davantage effarouchées de ce monde carcéral.

Moi l’hôpital ne m’a pas bouffé et je vis parmi les autres, j’ai un travail que j’ai trouvé par moi même. Le quotidien est, certes, très dur mais je pense que pour certaines il sera ou est encore plus douloureux et cruel.

Les jours passent et je lutte toujours pour vivre. Pourtant un sentiment de lassitude m’envahit. J’ai envi de progresser, j’aime mon travail mais dans ce terrible monde on ne laisse plus de place à l’espoir et à la chance. Je me donne à fond, je prends tellement à cœur mon travail qu’il me bouffe peu à peu, parce que pour tous ces efforts il n’y a aucune reconnaissance, aucun merci. Néanmoins à la moindre petite faille on ne vous rate pas !

Mon soucis de la perfection est exacerbé par peur de perdre mon emploi, de décevoir mes collègues et mon désir de réussir à évoluer.

Toutes mes forces sont dirigés vers l’accomplissement des tâches que m’impose Hôtelia. Je crois que je suis en droit de bénéficier d’une promotion, d’une augmentation qui me permettrait de mieux vivre et qui ne serait que justice et logique vu la masse de travail qui m’incombe. Mais là encore refus!

Attention je me décourage car encore un refus ! Je devrais y être habituée ! Après tout la ” fée chance ” a oublié de se pencher sur mon petit berceau.

Ce refus de m’offrir ce à quoi j’ai droit fut un coup de massue. Le petit bâton qui me tenait casse et me rend encore plus titubante, perdue, seule et démoralisée.

Ma maman qui fais un énorme effort pour m’écouter et qui réussis de mieux en mieux me répète, comme si ces mots était des bouées de sauvetage, de garder le morale.

” Maman, tu ne peux rien dire de mieux parce que comme moi tu ne connais pas la solution, mais je t’assure, c’est dur de plus en plus dur “.

J’ai envie de me laisser aller, de ne pas me lever, de ne pas manger, de ne pas faire de courses et je ne peux pas. Une force me pousse, mes jambes basculent tous les matins hors du lit comme indépendante de mon esprit et pourtant ce dernier est leur moteur; Impression paradoxale et qui semblera incompréhensible pour tout être doté d’une raison raisonnable.

Bientôt 25 ans,1 ¼ de siècle ! Dans un mois j’aurais 25 ans !

Je ne veux pas de fête car que puis-je fêter ; ce jour est un jour de plus dans mon interminable vie.

Jusqu’à maintenant, j’ai lutté, espéré, été la plus forte, j’ai tenté de surmonter de trouver le bout du tunnel, mais aujourd’hui je suis épuisée, éreintée, lasse, fatiguée, déprimée et je n’arrive pas à le faire comprendre. Je voudrais leur dire tant de choses, tout leur dire mais ma bouche reste bloquée, les mots, je ne les trouve pas, seul le papier parvient à m’arracher ce que j’ai de caché au fond de mes tripes. Je veux crier, hurler. Ils me disent plein de choses réconfortantes mais en fait ils ne voient pas et je suis toujours mal à l’aise devant eux.

Je sens toujours leur regard qui se pose sur moi quand je saisis tel ou tel aliment , alors pour ne pas les mettre mal à l’aise, leur faire honte et me sentir une moins que rien, je me cache pour manger. Je ne parviens pas à leur dire que j’adore être avec eux, mais que mes crises quotidiennes qu’ils disent connaître mais qu’ils refusent en même temps me rendent honteuse, coupable.

Je sens leur critique pendue au bout de leurs lèvres, des mots blessants qu’ils ne me disent plus mais qu’ils pensent encore très fort : “tu te rends compte l’argent que tu gaspille dans la bouffe” ou “on ne vit pas pour manger mais on mange pour vivre”. Ces phrases, je les ai entendu et je me sens si coupable que je cache ma crise de 17 h qui ne s’arrête pas à un simple paquet de gâteaux, ma crise du soir avant d’aller me coucher.

J’aimerais leur dire que je voudrais aller au restaurant mais je n’ose pas car j’ai honte qu’ils pensent que c’est du gaspillage et ne souhaite pas les mettre mal à l’aise devant les serveurs qui peuvent trouver mes commandes pour le moins impressionnantes.

Un jour ma psy m’a dit qu’une personne faisant de la boulimie avait été traitée par son fils, donc sa chair et son sang, de “benne à bouffe”. Expression illustrant parfaitement ce que je ressens et ce que pense, certainement, mes parents sans me le dire.

Parfois, la nuit je fais de terribles cauchemars, surtout en ce moment. Je vois par exemple mon petit frère qui me crie dessus en hurlant que je suis un poids pour mes parents, que je gaspille tout leur argent et que le week end est un moment redouté pour eux trois car je viens.

Je ne peux pas leur dire, ils ne comprendraient pas mais c’est horrible. Mes nuits d’ailleurs sont de nouveaux horribles alors que j’étais parvenue à retrouver un semblant de sommeil réparateur et un rythme normal mis à part le fait que je me couche tard. Je tourne et tourne avant de m’endormir, pour mieux ouvrir les yeux entre 4h07 et 4h 12 précises et les refermer péniblement dans un sommeil comateux peuplé de réflexions, souvenirs, cauchemars et images : le sommeil, le vrai me gagne à l’aube vers 6h mais voilà dans 2 h le réveil sonnera l’heure d’affronter une nouvelle journée.

Alors, franchement à l’aube de mes 25 ans qu’ai-je à part ma famille, ce qui est beaucoup c’est vrai. Je les aime plus que tout et ne serais rien sans eux.

Les jours défilent dans le même but : penser à demain, une journée de passée est une victoire de plus.

Comme tout le monde je travaille et pour soutenir ce rythme, c’est un combat de tous les instants que je mène contre moi-même, une lutte contre ma tête vide ou pleine (je ne sais plus), contre mes jambes lourdes qui n’en peuvent plus d’avancer – mais, qui, paradoxalement refusent de s’arrêter un peu pour se reposer par peur d’être inoccupée, immobile, en proie aux souvenirs, à la culpabilité d’être inactive, de paresser- contre ma fatigue, ma tension qui se fait la malle avec le potassium, enfin une lutte contre un corps qui n’appartient déjà plus à ce monde commun.

La tête et le corps ne font qu’un chez les ” Raisonnables “, chez moi ce sont deux entités distinctes sauf que sans ma tête je pense que je serais depuis un moment tombée dans le trou si désireux de m’aspirer.

Encore un mystère de la vie : le pouvoir du cerveau ! Quelle force exerce-t-il réellement ? Nul ne le sait mais il a sans aucun doute un rôle insoupçonné, tout puissant.

Souvent je voudrais m’écrouler pour qu’enfin on me croit, on se rende compte que ça ne va pas. Moi, debout, je ne suis pas malade sauf peut-être du ” ciboulot “.

Ce n’est pas affabulation de ma part puisque j’en ai un semblant de preuve : les seules fois où mes grands-mères, tout au moins une, car malheureusement ma deuxième grand-mère est entrée dans son monde à elle, une dimension inconnue de tous dont le nom devrait être ” destruction de l’esprit, souffrance intolérable de la vieillesse ” (elle est atteinte de la fameuse maladie d’Alzheimer, un autre poison au nom barbare) demandèrent régulièrement de mes nouvelles c’était quand je me suis retrouvée à l’hôpital une perfusion dans le bras. Mais non je n’irais pas à l’hôpital parce qu’ils ne seront pas les gagnants, si tant est qu’il puisse y avoir un gagnant ou un perdant dans la souffrance et la maladie.

La souffrance morale est une souffrance au même titre que peut l’être une souffrance physique , avec des degrés : une personne avec un bras cassé souffre moins que quelqu’un atteint d’un cancer. Une personne qui se dit déprimée souffre moi qu’un dépressif (le mot dépression est employé à tort et à travers pour évoquer aussi bien le blues de l’hivers que la vraie maladie, celle qui peut anéantir toute une vie).

Je pense pouvoir dire que je sais ce qu’est souffrir c’est pour cette raison que je pense comprendre ce que pouvait éprouver mon grand-père se voyant mourir à petit feu avec toutes les souffrances physiques et morales que peut engendrer un cancer. Dans un sens il se sent seul, il en veut aux autres pour la seule raison que personne ne peut savoir ce qu’il endure.

J’essaye de communiquer mes impressions, mes peurs mais encore les mots butent contre une bouche refusant de s’ouvrir.

Je tente de trouver un moyen de parler, des fois je suis à deux doigts de m’ouvrir et je n’ose pas par peur des réactions, surtout celles de ma mère, mon père étant, me semble-t-il, moins fermé. Ce n’est pas une critique mais seulement mes craintes, alors ne soit pas blessée ma petite maman adorée si un jour tu lis ces lignes.

Je ne sais comment décrire mon malaise. Je n’ose par leur dire car ils jugeront.

Je me surprends à rêver que je suis assise entre eux, mes lèvres bougent et les mots jaillissent comme par miracle, un torrent impressionnant de paroles, de vérités, de non dit seulement entrecoupé de mes sanglots, des larmes de soulagement. C’est un apcès qui se crève comme la baudruche qui éclate. Assis, silencieux, ils écoutent, pudiquement, toutes mes peurs, mes rancœurs, mes habitudes. Tout est dit ! La honte et la culpabilité semblent moins accablantes. Je suis soulagée : ils savent et acceptent !

Mais c’est un rêve ! Ils ne peuvent pas abonder, comprendre qu’au très fond de moi, je sais, j’ai réalisé que jamais plus je ne serais la même, celle d’avant, que jamais je ne sortirais de ma boulimie dans mon corps anorexique, de mes rites alimentaires, de ma dépendance à la balance que je hais. Ma bouffe engouffrera sans doute toujours les trois quarts de mon budget, les assiettes se rempliront toujours, les crises quotidiennes perdureront.

En effet, dans ma boulimie qui est pourtant un acte impulsif vous conduisant à déchirer des conserves avec les dents, à manger des choucroutes froides avec les doigts debout, à mélanger le chocolat avec la charcuterie moi mes crises sont régulières, tous les jours et à des heures plus ou moins identiques. J’ai envie et besoin de manger mais ce n’est pas l’orgie dans le sens le plus péjoratif. Je mange les plats chauds, le salé avec le salé, dans l’ordre d’un repas, mais ce sont les quantités qui sont dingues. J’ai assimilé cette régularité, cet ordre dans le désordre de la boulimie au fait que je suis issu d’une famille gourmande, que j’ai toujours adoré faire la cuisine et fais mes études en restauration.

Mes tentatives de communication sont avortées par les ” il faut positiver “, ” ça va s’arranger ma chérie, tu verras “, ” tu devrais sortir, tout est question de motivation ” de ma maman. Des stéréotypes, des phrases préfabriquées, souvent blessantes.

Ce n’est pas un manque de volonté maman, seulement je ne peux pas le processus est encré. Je dois vivre avec et ma psy le pense aussi mais les autres aussi doivent m’accepter avec mes particularités même si le quotidien ne sera jamais l’image de la normalité. Fini les sorties, les rires avec des amis autour d’un repas savouré sans honte, sans remords et peurs, sans besoin de vomir.

Parce que les autres n’acceptent pas et ne comprennent pas je dois me conformer à leurs gestes, supporter les situations, faire comme si de rien n’était. Comme torture, il n’en n’existe pas de plus affreuse, insupportable. Maman, je croyais que tu me considérait comme malade !

Demandes-tu à Fred de ne pas se lever pour aller faire son injection d’insuline, de ne pas manger en classe pour éviter tout malaise sous prétexte que les autres ne mangent pas pendant les cours ? Bien entendu, tu vas t’énerver, crier avec papa que ce n’est pas comparable, que je mélange tout, que je plains, m’apitoie sur mon sort, conclusion encore une tentative vouée à l’échec : comme les autres !

Pour en revenir à ma vie, j’ai encore 24 ans, et je travaille mais c’est un travail que je qualifie d’alimentaire car ma seule motivation c’est le salaire- bien que Bysance soit encore loin – qui me permet avec l’argent de poche de mes parents de payer, tout juste (je suis parvenu tout de même à mettre 300 F de côté chaque mois) ma ” bouffe ” et mes charges.

Car savez-vous combien cela coûte de se nourrir à une boulimique anorexique ? Non ! Vous ne pouvez pas savoir, et la honte, la culpabilité m’empêchent de vous le dire.

Comment ne pas avoir honte quand, même votre mère, emploie les mots ” bouffer “, ” engloutir ” en parlant de vous .

Mon Dieu, j’ai tellement honte !

Ne pas sortir pour éviter de faire honte à table et d’avoir honte ! S’habituer aux autres et manger comme eux (dixit maman). Maman sais-tu la torture que cela représente de ne pas se rassasier et de ne pas se lever pour aller vomir ? Non ! Et tu ne le sauras jamais !

Tous mes mots ne suffiront pas à vous décrire ma souffrance.

Autour de moi, on se tient par la main, on s’embrasse, on se marie, on s’aime et moi au milieu de la ronde je suis seule. Je regarde les yeux humides de larmes et me réfugie en plongeant mes yeux dans ceux de la petite boule de poils blancs partageant, désormais, mon quotidien : Luna, douce comme l’Angora, blanche et pure comme la lune. Elle peut être têtue et avoir un sacré caractère, elle reste câline, présente et m’aime sans me juger. Elle est en fait la seule à vivre et connaître réellement ma vie. Maintenant dans les moments durs je pense à elle, à ses miaulements et ronronnements lorsque le soir je pousse la porte de mon studio.

La personne qui me comprenne certainement le mieux c’est ma psy qui sait qu’il va falloir vivre avec ma ” tare ” : je ne veux même plus employer le mot ” maladie ” puisque personne ne me considère réellement comme telle. J’ai ” bonne mine ” me dit-on ou ” tu as un peut pris (grossit pour ceux qui n’ont pas compris) ” ou encore ” repose toi ” !

Papa, maman, si je vous dis que je suis fatiguée, épuisée c’est pour vous faire comprendre qu’une heure ou une semaine ne suffisent pas à effacer et endiguer ma fatigue qui est certes morale mais aussi physique.

Je vous imagine, déjà, me répondant ” comment ne veux-tu pas être fatiguée avec ton état, grossis un peu “. Toujours ce mur d’incompréhension.

Je ne pourrais plus mettre du 38 ou du 40, je ne le supporterais pas.

Je ne suis peut être pas bien telle que je suis mais je m’accepte mieux que telle que j’étais avant.

Ceci vous ne le saisissez pas car avant rien ne se voyait. ” Elle est en bonne santé cette petite, pas comme son frère, elle ne peut pas souffrir “. Eh, bien si j’étais mal, mais mal.

Maman me dis qu’avec 10 Kg de plus je serais bien mieux, voilà un chiffre 10 Kg, une frontière et au delà se profile déjà les ” un petit régime te feras du bien “, ” du sport va t’aider “, ” il faut te bouger à ton âge “, ” la mayonnaise, c’est mauvais pour la ligne “.

Non ! Non ! Taisez-vous ! Plus jamais ! Plus jamais ces mots, alors je reste avec ma silhouette maigre.

Je crie, hurle ! Mon corps, ma tête n’en peuvent plus. Je n’ai jamais été aussi bas, la solitude me pèse, Eric me manque, les repas familiaux et conviviaux me manquent, mon frère me manque terriblement. J’ai envie de mourir.

Je ne veux plus être un poids, je n’en peux plus d’être le fardeau de votre vie, une erreur de la nature pour mon frère.

Je sais que vous faites de votre mieux et je ne cesse de le répéter à qui veut l’entendre que vous êtes des parents formidables et dont je suis très fière. Peu de parents comprennent et aident autant leurs enfants et endurent ce que vous endurez.

Mais, voilà, un jour je crains que vous me coupiez les vivres, las de voir les chariots se remplir. Je redoute que la porte se ferme à mon arrivée car je serais devenue trop encombrante, ” chiente ” comme tu me l’as dit un jour maman que je te demandais pourquoi, seule avec toi tu ne parlais pas. C’était dans l’espoir de comprendre les silences de savoir si je n’inspirais aucune discussion.

J’écris, écris, sans parvenir à tout dire mais au moins les minutes passent et m’occupent jusqu’à la prochaine crise.

Les journées sont de plus en plus longues. Je n’ai envie de rien faire. Crocheter, broder me demande un effort surhumain. J’ai toujours ce sentiment d’être un ventre ; je travaille, rentre, mange car je ne l’ai pas fait à midi pour ne pas faire honte en ne me contrôlant pas.

Chez moi je n’ai pas de balance mais je pense au terrible chiffre que celle de mes parents affichera le week-end. J’ai peur !

Un kilo de plus affiché et c’est l’horreur, la panique ; pourquoi même en vomissant je grossis ? Je souffre ! Alors, dans mon affolement je me surprends à vouloir maigrir. Je me sens grossie, essaye de le dire mais capitule devant la nervosité qui gagne mes parents au son de ces mots et propos insensés pour leur esprit terriblement sage et raisonnable. Mon papa me dit que je maigris, d’autres pensent que j’ai un peu ” pris “, que j’ai ” meilleure mine “. Ma tête s’embrouille, qui croire ? La balance, parfois, affiche et affirme le kilo en plus. Horreur, drame pour moi . Folie pour les autres.

Il est vrai que cela peut paraître irrationnel étant donné qu’au fil des semaine la balance dit 1 kg de plus, revient normale, puis 2 kg de plus, revient normale et moi je mets toujours mes affaires mais le matin la peur de me sentir serrée dans mon pantalon, comme à certains moments, me hante.

Actuellement, je suis en vacances, je ne travaille pas. Je suis mal, mais au moins je tente de me reposer et me laisse aller à dormir le matin, à retourner au lit surtout que mes parents ne sont pas là. Avec eux je ne veux pas qu’ils pensent que je suis fainéante. Je ne leur ai pas dit mais j’aimerais que ces 15 jours durent plus pour savourer le peu de moments que je parviens à aimer dans mes moments de paresse (car je me considère comme une fainéante quand je mange ou ne fais rien).

Je suis tout de même contente car j’ai entamé une nouvelle vitrine miniature et j’ai eu envie de lire. Je suis parvenu à ingurgiter 450 pages d’un livre en une semaine (un véritable exploit pour moi).

Mais mes soucis demeurent, je pense à mon compte en banque, à mes dépenses, à mon correspondant d’Internet qui se mûre dans le silence, à ma patronne qui fait des siennes et abuse de ma faiblesse…..

APRES MICROS

Les jours passent et j’ai envie d’écrire mais le courage me manque car par où commencer ? Tellement de choses se bousculent.

Ca y est le grand pas est franchi : je démissionne. Après des recherches infructueuses un ” oui ” miraculeux d’une entreprise me permet de dire ” Au revoir ” à ma directrice que je ne peux plus supporter. Elle ne me laisse aucune chance de progresser prétextant qu’elle est déjà gentille de m’accorder des horaires souples (on parle ici de ¼ heures par ci par là). Elle est attachée à ces détails et non au travail. Sur ce dernier point elle-même reconnaît qu’elle ne peut rien me reprocher allant même jusqu’à dire que j’ai des capacités incroyables. Selon elle en étant pleinement consciente j’en profiterais en userais et abuserais. Quel paradoxe quand on sait quel est le degré de mon manque de confiance en moi !

Cet entretien je l’attendais avec plaisir mais en fait elle paraît même contente de me voir partir.

La décision fut dure pour moi car j’ai peur. C’est une angoisse incidieuse, la peur d’échouer, de devoir de nouveau me faire des marques, des relations mais si je ne le fais pas jamais je ne franchirais jamais le pas.

C’est un saut vers l’inconnu, mon ennemi. C’est aussi un nouveau défi, une nouvelle victoire sur moi même.

Quitter Hotelia me rend terriblement nostalgique et triste, non pas à cause du travail mais des liens qui se sont créés avec certains résidents. Je ne pensais pas pouvoir m’attacher autant; je suis jeune en contact tous les jours avec eux, ils sont âgés loin de leur foyer, de leur famille et Hotelia est leur nouvelle petite famille : de tout ça résulte des rapports humains discrets mais forts.

Le 31 décembre je ne serais plus salariée d’Hotelia et le 2 Janvier je découvrirai mon nouvel univers !

Tout va très vite, le ” jour J ” arrive. Je commence en même temps qu’un autre. Tous deux nous allons suivre une formation de trois semaines.

J’ai peur : vais-je tenir ? Et les repas comment vais-je faire ? Vais-je résister aux trajets, au stress ? Comment encore cacher ce que j’ai ? Que de peurs, de réponses à trouver.

Dès le premier jour, un moment fatidique arrive : le déjeuner ! Pas le choix, c’est le restaurant d’entreprise ! Je me laisse traîner, guider la peur au ventre et je me retrouve dans un self : je choisis mon plat, et m’assois avec les autres. J’ai pris une entrée, un plat et un fromage. Pas de dessert par peur des critiques. C’est certain, je vais avoir faim !

Bizarrement, je mange parmi les autres et pendant une demi-heure parais normale; c’est une grande victoire même si je sais que je devrai aller vomir après, et là il va falloir improviser. Tout se passe bien, je parviens à m’absenter en espérant qu’on ne remarquera rien. Le soir, je le raconte à mes parents, ils semblent heureux ou du moins contents. J’aimerais leur faire comprendre quelle angoisse, quelle frustration me tenaillent car je ne mange pas ” à ma faim “.

Les jours suivants se dérouleront pareils avec quand même des remarques sur mon appétit qui épatent les garçons alors que mon plateau est tous les jours composé d’un plat, bien souvent sans viande, et de crudités (je ne prend ni dessert ni fromage) enfin, j’encaisse et essaye de trouver des parades à ce genres de remarques.

Le travail c’est pas extra, on s’ennuie, et personne ne semble s’occuper de nous ce qui me parais étrange. Mais bon je fais avec me persuadant que c’est un cap à passer pour un avenir meilleur. l’informatique est un secteur porteur. J’engrange de connaissances qui me serviront toujours.

Je suis fatiguée mais avec l’espoir d’un mieux.

Le soir à 17h 30 quand je pousse la porte de mon petit chez moi je suis éreintée, j’ai envie de ne rien faire juste de manger, ce que fais.

J’ignore si mes parents s’imagine cela, s’ils savent que je continue à manger avant de me coucher et quand je dis manger ce n’est pas grignoter. Je me force, parfois, à m’occuper : je fais de l’ordinateur, du crochet, je parviens même à finir un pavé de cinq cent pages. Pour moi cela semble si dérisoire et ne me satisfait pas. J’aimerais tellement pouvoir avoir envie de faire d’autre chose.

Tous les jours, je fais mes courses. Enfin, c’est le train-train. Ma maladie me ronge mais je lutte encore et constate des tous petits points positifs : certaines fois, j’ai envie de faire les magasins comme ça, pour rien. Je me prends même à acheter des vêtements et chaussures pendant les soldes ! C’est un petit progrès pour moi même si pour les autres ce n’est rien. J’ai envie de me faire plaisir mais voilà ce sont encore des dépenses, ce qui me fait peur car vais-je pouvoir un jour vivre indépendante ? J’essaye de faire ce que je peux, mais, sans mes parents je ne pourrais pas y arriver.

Enfin, pour l’instant j’essaye de ne pas trop m’angoisser en me convaincant que ce sont des petites bougies dans le grand tunnel de ma maladie.

Même si je continue à manger énormément et à vomir (car comme je le dis j’ai le sentiment étrange que c’est ancré en moi), ce qui posera toujours le problème de l’argent, si je parviens à être mieux dans ma tête alors le Eurêka d’Archimède c’est moi qui le pousserais cette fois ci !

Que doivent penser mes parents de moi ?

Je fais de mon mieux pour m’intégrer, mais les clans sont formés et personne n’acceptera mes problèmes.

J’ai des contacts avec un ami celui qui a perdu père et mère, se retrouvant lui et ses trois frères et sœurs orphelin. Il me téléphone, m’invite mais je ne peux pas accepter par honte et peur de l’obstacle des repas car il ne sait pas ! Pourtant, après avoir réfléchi, je ne peux pas continuer à le lui cacher, je vais lui dire, je ne veux pas qu’il croit que je refuse par désintéressement.

Je n’ai pas la force de lui parler, une lettre sera plus expressive. La lettre est faite. Trois jours me seront nécessaires pour parvenir à la poster craignant sa réaction. Mais un ami est un ami !

Un véritable ami m’acceptera, sinon c’est qu’il n’en valais pas le coup (rassurons-nous). Le lendemain il me téléphone, nous parlons une heure et décidons de dîner au restaurant le lendemain, à côté de chez moi. Là, je suis plus a l’aise que chez lui car je sais que je rentrerai tout de suite après.

Il insiste pour que je vienne un jour chez lui en pensant comprendre mais entre le dire et le vivre il y a une différence, un fossé dont il ne se doute pas.

Il me téléphone et je devine un intérêt plus qu’amical mais voilà pour moi c’est un ami et il ne sera jamais rien d’autre. C’est certainement l’ignorance de ce qui l’attend qui le fais agir ainsi, car les seuls qui se soient frottés à moi ont vite abandonnés le ” fardeau ” comme dirait ma grand mère.

Ma vie affective sera décidément bien vide. Un jour je serais peut être reléguée au rang des ” vieilles filles “. Saleté de maladie que j’apprivoise tant bien que mal, mais, à quel prix !

Tout ceci pour simplement gagner de quoi vivre, gagner mon indépendance, pouvoir travailler et être considérée comme active. L’amour l’amitié demeurent presque inexistantes, la solitude est grande. Mes coups de cafards sont énormes douloureux même physiquement.

Les souvenirs d’Eric, de ma vie avec lui, le sentiment de ses sentir aimée et acceptée avec mes problèmes, mes vomissements, mes crises de boulimie quotidiennes me reviennent par rafale. Il a été patient, plus personne ne le sera certainement avec moi ; ce sont des paroles qu’il m’a d’ailleurs jetées à la figure, violemment. Une autre a certainement pris ma place, il est probablement heureux. Un cauchemar me vient parfois, celui d’un faire part de mariage dans ma boîte aux lettres (le sien) ou celui d’une rencontre au bras d’une autre. Je sais que je ne le supporterais pas.

La solitude a parfois des bons côtés mais elle reste le plus souvent douloureuse. J’apprends à me débrouiller seule, pas d’homme à la maison pour changer une ampoule ou autre.

Mes parents sont un soutien énorme mais je me demande toujours s’ils savent tout sur mon quotidien. Certaines fois j’ai peur d’aller à la maison car même si je me sens plus libre qu’il y a quelque temps, je continue à avoir honte de moi. J’ai peur de manger devant eux entre les repas et même des fois pendant, mais le besoin est tellement énorme que je me sens mal. Certes je mange quand il vont se coucher mais j’ai peur, ce n’est pas comme chez moi où je suis seule à l’aise. Que penseraient-ils de moi ou de n’importe qui en train d’avaler des pâtes à onze heures du soir et des gâteaux !

Ces mots me coûtent mais c’est la vérité. J’adore mes parents mais j’ai honte de moi de ma vie, peur de leurs regards, de leurs remarques : ” essaye de résister “, ” occupe toi “, ” tu veux faire quelque chose “, ” il faudrait que tu vois quelqu’un d’autre ” qui pourrait t’aider. Des mots qu’ils souhaitent et pensent stimulants. Ils tentent de tout faire pour m’arracher aux griffes de la maladie, mais, comment leur faire comprendre que je ne peux plus ? Certains penseront à un manque de volonté et s’ils partageaient leur avis ? Comment leur expliquer ce que moi-même je n’arrive pas à comprendre et à surmonter. Ces différentes barrières me ferment donc certains jours la porte de ma maison.

Je vous aime tellement papa et maman.

Je doute de tout mais il y a une seule chose dont je sois sure c’est de cet amour que j’ai pour vous et mon petit frère. Vous épargner, j’aimerai tant. M’effacer pour vous rendre heureux !

Le sort n’oublie jamais ses fidèles élus puisque le 8 février me voilà convoquée dans le bureau de la Responsable du personnel. Pas besoin de dessin, à peine le pas franchi j’ai compris : ce soir je serais sans travail ! Je les écoute m’annoncer qu’ils mettent fin à ma période d’essai. Dans un semi brouillard je parviens à demander des explications.

Je ne sais toujours pas si je dois en rire ou en pleurer de leur remarquable raison : ” je ne comprends pas assez vite et ils n’ont pas de temps à me consacrer “. Tout mais pas ça car, même, si je ne suis pas sûre de moi je pense, car tout le monde, s’accorde à le dire, que je suis une personne qui, justement, comprend très vite parfois même trop vite.

La vérité c’est qu’il y avait trop de personnes et pas assez de travail pour tous ! Il suffisait de voir comment tout le monde s’ennuyait affalé sur des fauteuils.

De plus, comment peuvent-ils juger quelqu’un qui n’a pas encore travaillé- j’ai du prendre, en tout et pour tout, cinq appels.

Je me lève et quitte la pièce en claquant la porte, n’osant poser le regard sur personne.

Je suis pressée de me retrouver dehors.

Pour moi, même, si ce n’est pas de ma faute c’est un échec cuisant. Plus de travail, plus de salaire ! Comment vais-je faire ? J’ai peur ! Je ne veux pas être entièrement à la charge de mes parents car ils ne pourraient pas assumer et cette situation serait invivable pour moi.

Je roule, la tête pleine de pensées ; je pense à celui qui a été engagé le même jour que moi. Je l’ai vu aujourd’hui. Va t-il subir le même sort que moi ? Si lui aussi se voit gentiment congédié alors aucun doute : notre fabuleuse entreprise avait vu trop grand au niveau des budgets !. Si tel est le cas, quelle cruauté, le témoignage d’une société dans laquelle les pions sont les hommes manipulés par l’argent, le pouvoir et l’égoïsme. Peut-on oser après cela parler de tolérance, d’insertion quand on vous jette comme un vulgaire kleenex après vous être investi et avoir laissé une situation stable ?

Me voilà prise d’angoisse, mais ” prendre le taureau par les cornes ” telle est ma devise !

En larmes, tremblante, je franchis le seuil de mon chez moi, je mange et tente de me calmer. Mes idées s’éclaircissent alors je prends mon ordinateur : destination les sites d’emplois et d’agences d’Interim. Trois heures plus tard voilà mon CV lancé sur la ” toile ” via Manpower, Vedior Bis et quelques annonces. Un espoir, mais mon moral est tout de même bien bas.

Je suis en vacances forcées !

Epuisée le matin, il me faut une volonté de fer pour faire surface, non que je sois envahie par le sommeil mais mon corps est douloureux, je suis lasse. Les journées sont une lutte de chaque instant car je suis déjà manger par la culpabilité et la honte en sachant que je vais aller faire des courses, manger, vomir et réussir peut-être à faire quelque chose d’intéressant.

J’ai tellement envie de parler, mais à qui ? Ma mère ne comprendrait pas. Je réussis tout de même à aller aux RDV obtenus dans les agences d’Interim, c’est une bouffée d’air, un vent d’espoir d’avoir assez vite une mission et, qui plus est, mieux payée. Seule je ne peux compter sur personne ; dans ces instants les souvenirs me submergent, ceux d’une vie à deux, la sécurité de n’être pas seule, d’avoir un peu plus de temps pour se retourner. Seule c’est l’aventure, le combat. Mes parents me disent de m’accorder du temps qu’ils sont là mais je refuse, ils en font tellement que la pensée d’être encore plus pesante m’est intolérable.

Désormais j’attends que ce téléphone maudit sonne. Il sonnera une première fois mais c’est la responsable de mon ” ex bienfaiteur employeur ” m’annonçant que mon chèque est disponible. Je saute sur l’occasion pour semer le doute concernant celui qui fut mon compagnon de formation en demandant à lui parler prétextant devoir lui rendre quelque chose. La réponse n’est pas des plus surprenante : ” Edouard ne travaille plus chez nous lui non plus ” Je le savais !

Après avoir obtenu un numéro de téléphone il me confirmait que son passage devant le ” Jury ” avait suivi immédiatement après mon départ en trombe. Etrangement, à lui la vérité lui a été dite : ” les budgets ont été largement dépassés “.

Pourquoi m’avoir menti à moi : parce que je suis une fille ? Parce que j’ai l’apparence d’un être faible ? Quelle que soit la raison, elle est ” petite “, ce sont des opportunistes, des lâches incapables de reconnaître leurs torts et préférant dévaloriser quelqu’un qu’ils pensent trop naïve ou stupide pour raisonner et assembler de simples morceaux de puzzles.

J’en ai marre ! ! ! !

C’est un hurlement interne qui me fait si mal, une envie de crier de partir, mais les pleurs ne viennent pas et je me surprends toujours à vouloir vivre même si mon père m’a dit que je ne faisait que survivre. C’est dur d’entendre ces mots car cette survie est ma vie, minable peut être mais acquise avec des efforts.

Le plus terrible est de sentir un soupçon d’amélioration, un coin de ciel bleu pour ensuite tout voir s’écrouler par une nouvelle épreuve.

Sisyphe connaissait cette sensation en poussant un rocher qui n’atteindra jamais le sommet.

Je passe mes journées seule avec ma petite Luna, une lumière ; elle est là quand je rentre et me fait la fête. Heureusement que je l’ai. L’animal meilleur ami de l’homme n’est pas un mensonge.

C’est une chatte, un animal égoïste de nature, mais je suis persuadée qu’elle m’aime un peu car je suis sa première véritable maison après des abandons successifs. Adulte, belle, espiègle, vive, exclusive, un caractère de ” chien ” mais tellement câline, attendrissante.

Merci maman et papa de me l’avoir confié.

Nous sommes le 19 février, neuf jours sans travail mais le téléphone retentit avec une mission en vue sur le Chesnay, l’idéal, pas de déplacements, moins de fatigue. Le rendez-vous avec le responsable du service est pris. La chance va t-elle enfin me sourire ?

Cette mission concerne une importante société automobile, domaine bien différent de l’Hôtellerie-Restauration. Peu importe, j’en ai marre. Le principal c’est d’avoir un travail.

Plus j’y réfléchis et plus je me dis que l’Interim est peut être une bonne option pour moi car elle me permettrait de pouvoir plus ou moins travailler à la carte en m’accordant des petites vacances quand je serais à bout. Le tout est qu’il faut qu’il y ait des missions ce qui semble le cas actuellement.

Par ailleurs, je peux même espérer une pré-embauche. Je me lance, prends le risque. Une nouvelle expérience et approche du monde actif. Je serais une intérimaire avec un profil d’assistance RH (comprendre relation humaine), de secrétaire ; appellation bien banale, des emplois vulgarisés aux yeux des gens.

Moi qui voulais qu’on soit fière de moi, qui avais mis un point d’honneur à trouver le poste de mes rêves et bien j’ai tout réussi dans le ” ratage ” le plus complet !

Mon CV a été modifié sur les conseils de la responsable de l’agence d’Interim car la restauration même en gestion semble plutôt une gène. Me voilà bientôt candidate pour les fabuleuses blagues sur les secrétaires (rires) !

Mon frère sera l’ingénieur de la famille ! Il a choisi la bonne voie, honorable, des études plus ou moins longues avec plus tard un futur DEA ou DESS en poche, diplômes prestigieux.

Que suis-je avec mes pauvres années de BTS ?

Maman et papa quand vous lirez ces lignes, je vous entends déjà dire que je confonds tout, que vous m’aviez prévenu de ce qu’était l’Hôtellerie, que je suis trop pessimiste, irréaliste et que j’arrête de me soucier des autres, de leur opinion. Je pense ne pas me tromper dans mes prévisions, j’aurais simplement oublié quelques remarques.

Savez-vous ce que je peux ressentir ?
Savez-vous comment la solitude est horrible ?
Savez-vous que je mange des repas entiers plusieurs fois par jour, que c’est un besoin ?
Savez-vous ce que c’est de ne pouvoir s’empêcher de vomir jusqu’à six fois par jour (note il y à deux ans c’était sept fois) ? Et oui, je compte car les jours où je vomis une fois de moins c’est une petite victoire à mes yeux
Savez vous ce que c’est d’aller faire des courses en culpabilisant car les dépenses alimentaires représentent le budget le plus gros ?

Lorsque vous me payer des courses ça me culpabilise mais comment je ferais sans vous ?

Vous devez me trouver irresponsable de dépenser tant d’argent, j’ai tellement peur que vous m’en vouliez et me coupiez les vivres en disant ” débrouille-toi comme ça tu seras obligé de faire attention “.

J’ignore si mes explications sont claires mais une chose demeure certaine : il faut que j’ai un bon salaire, même pour pouvoir déjà boucler les mois et en option m’accorder de petits plaisirs.

Savez vous ce que peut représenter pour moi l’achat d’un CD, d’un livre ? C’est une victoire car la dépense n’est pas alimentaire (ce qui ne m’empêchera pas de faire des courses).

Connaissez-vous la peur de sortir, de faire des magasins parce que incapable de résister à l’achat d’un sandwich ou autre tentation ?

Savez vous ce que c’est de se dire que personne n’acceptera votre façon de vivre, vos comportements alimentaires, vos problèmes ? Maman tu va dire que je serai forcée de me plier aux autres ; ces paroles blessantes tu les a eu, elles sont la preuve que tu refusais l’idée que ma vie pourrait être ainsi, marquée par une maladie devenue chez moi par sa durée probablement incurable et chronique, surtout sur le plan du comportement alimentaire. Tes mots sont aussi une façon de dire que c’est une question de volonté donc un dénie du terme maladie. Ce n’est qu’une maladresse de ta part hein maman ? Tu t’es mal exprimée, j’en suis persuadée !

Vous voyez j’essaie de temporiser les choses, de ne pas tout prendre au pied de la lettre.

Que de questions mais elles sont le reflet de la réalité : la mienne !

Dans mon piètre univers je suis seule mais depuis quelques mois je me sens, à certains moment, bien, contente même si vous ne voyez rien et dites toujours que je fais la tronche (ce qui n’est pas vrai). Est-ce l’effet de mon nouveau traitement ?

Les pensées se bousculent, je tente d’exprimer au mieux mes sentiments avec l’impression de ne pas y parvenir d’écrire des lignes incompréhensibles, brouillons. L’écriture m’occupe me calme, représente une façon de parler ce que je n’ose pas te dire maman, même si tu me dis que je peux tout te dire. Pardon mais je ne pense pas que tu puisse tout entendre. Si j’avais du te dire tout ceci en face, d’une part je n’aurais pu le dire sans pleurer et d’autre part, te connaissant tu ne m’aurais pas laissé finir les premières phrases sans t’énerver et te livrer au fabuleuses morales, expression stéréotypées type ” c’est la vie “, ” tu verras tu va guérir “, ” tu devrais sortir “, ” inscrit toi à quelque chose “, ” ne t’apitoie pas sur ton sort “. Chercher l’encouragement dans tout ça est une devinette plus que dure.

Pendant ces jours de vacances j’ai envie de rester chez moi, le matin je me réveille déjeune et me rendors ou traîne au lit pour faire surface à midi : ce n’est pas mes habitudes mais j’essaye de me laisser aller même si je me sens coupable de le faire. Alors je me lève, prépare à manger et me jure de faire une après midi télé mais je suis si fatiguée que je m’endors sans parvenir à regarder la télé. Non il faut que je fasse quelque chose, je me force donc à sortir vers 15h. Les après-midi ont toujours été et restent la période noire pour moi. J’adore le matin, j’en ignore la raison. Le soir je me sens plus en forme pour faire enfin quelque chose.

Décidément j’ai honte de ce que doivent penser les autres de moi car jamais personne ne pourra s’imaginer que malgré tous ces sentiments de honte, de culpabilité, de peurs, de solitude je parviens à avoir mes coins de ciel bleus à moi.

Je suis pleine d’envie alors je les note sur des petits papiers pour ne pas les oublier pour me forcer à les faire et pour me fixer des buts. Peut être que pourrais-je un jour les réaliser.

Quel piètre opinion vous devez avoir de moi ?

On y est dans le nouveau millénaire : 2001. Pour moi, c’est l’anniversaire de mes 10 ans ballotée dans le tourbillon d’un sale truc qui m’emporte vers je ne sais où. C’est un courent, celui d’un torrent dans lequel une branche arrachée lutte et tente de braver la force incommensurable de la nature et son élément, l’eau.

Je ne suis plus fataliste sinon j’aurai quitté ce monde. Non, j’avance ! Des pas de fourmis que je suis sûrement la seule à percevoir. La lueur de l’espoir est faible mais elle est là.

Durant cette année 2000, celle disait-on du ” renouveau “, ma famille n’eut aucun répit avec des mois, des jours rythmés par le flot quasi constant des mauvaises nouvelles, des problèmes, des maladies : le cancer de mon grand-père galopant vers une issue fatale qui surviendra le 14 octobre 2000, le cancer du sein de ma grand-mère, fort heureusement pris à temps, la maladie de parkinson de ma grand mère paternelle aggravée par une déchéance inquiétante qui révèlera par la suite la terrible maladie d’Alzheimer. Comment avoir le moral quand à chaque fois que votre tête tente de faire surface vous coulez davantage ?

Et puis, en ce qui me concerne, j’ai perdu ma confidente, la seule psychologue qui m’est jamais écouté celle en qui j’ai toute confiance, elle a déménagé pour retrouver un bonheur mérité après 17 ans d’un long parcours. Je suis heureuse pour elle mais j’ai pleuré et mes larmes ont coulées devant elle. Ma mère ma dit que je n’allais pas la voir souvent, peut-être mais je la savait présente, à côté. Lorsqu’elle est partie il m’a été impossible, inconcevable d’aller consulter une autre personne.

Devoir tout recommencer, tout raconter, se dévoiler de nouveau, au risque de me livrer à un nouveau ou nouvelle charlatan est au dessus de mes forces.

Je n’ai plus rien à leur dire parce que je lui ai tout dit !

Ce serait la trahir, trahir la complicité que j’avais mis si longtemps à trouver. Le reste du chemin je devrai le parcourir seule.

Elle a essayé de faire comprendre à ma mère que je devrai peut-être vivre avec ma saloperie ! Je ne sais pas à quel point elle a réussi mais une chose est certaine : ma maman et mon papa sont formidables. Ils sont là et malgré les heurts, les conflits, les tensions ils font ou tentent de faire preuve d’une compréhension et abnégation qui devraient être un exemple pour tous.

Je leur en serai à jamais reconnaissante, et je suis consciente, au point de m’en vouloir et de me haïr les efforts qu’ils font. Je vous jure, je me bats ; mes pas de lillipucienne ne se voient pas mais ils existent ! Rien ne change sur mon physique (moi j’ai l’impression de grossir, c’est terrible de se sentir grossit comme je leur dit souvent) ni dans mon comportement alimentaire car je suis toujours un ventre vomissant plusieurs fois par jour et mangeant énormément.

J’ai eu 25 ans, ¼ de siècle ça se fête ! Mais que fêter ce 16 octobre 2000, deux jours après le décès de mon grand père maternel.

Mon Papi est mort, il est parti sans pouvoir voir que nous étions présents, sans pouvoir savoir que ma présence, à défaut de pouvoir lui dire, était ma façon de lui dire que je l’aimais ” timidement “.

Il est parti sans avoir à endurer de terribles souffrances et c’est certainement mieux ainsi. La douleur est selon moi inhumaine !

Je l’ai vu la première le matin sur son lit de mort. Sachant par ma mère à 9 heures que c’était la fin, je me suis levée prise d’une panique, d’un besoin, celui d’arriver le plus vite possible hantée par une terrible pensée : ” je ne veux pas qu’il meurt seul sans personne “.

Je savais que j’arriverai avant ma mère et grand mère à qui il fallait trente minutes. En dix minutes j’étais habillée et dans ma voiture. Je revois la porte, ma main sur la poignée, mes premiers pas dans cette chambre et ma peur en le voyant immobile, le croyant mort du fait de sa respiration ralentie.

Il est mort à 12h30.

Sa mort par le visage qu’elle donnait à son corps m’a impressionné. Je comprenais, enfin l’expression paradoxale ” le visage de la mort ” qui rend la mort vivante.

Pendant des nuits, j’ai revu ce visage, cette bouche ouverte, cette respiration bruyante, difficile, ce corps transparent, sans teint, dans ce lit, dans cette chambre d’où émanait une odeur indéfinissable, nauséabonde.

Ce fut pour moi les moments les plus durs, l’enterrement ne fut presque rien à côté. Même si je ne pleure pas comme je ne pleure pas pour mon autre grand père, ou rarement, je me souviens de lui, de ces blagues, son humour décapant, sa maniaquerie, ses obsessions…

Articles recommandés

Rétablir la confiance après la boulimie
Lecture 11 minutes

Rétablir la confiance après la boulimie : 6 étapes clés pour des relations saines

La confiance est le pilier de toute relation saine et épanouissante. Cependant, traverser des périodes de troubles alimentaires tels que la boulimie peut ébranler ce fondement. Laissant derrière elle des…
Lire l’article
jours sans faim, vaincre l'anorexie, jours sans faim delphine de vigan, roman anorexie
Lecture 13 minutes

Vaincre l’anorexie : “Jours sans faim” de Delphine de Vigan

Dans le paysage littéraire contemporain, aborder des sujets aussi délicats et personnels que les troubles du comportement alimentaire (TCA) requiert une sensibilité et une compréhension profondes. "Jours sans faim" de…
Lire l’article
psychologue tca en ligne, psy tca, psy troubles alimentaires
Lecture 12 minutes

Psychologue TCA en ligne : Avantages et bonnes pratiques

Dans un monde où la santé mentale prend une place de plus en plus centrale dans nos vies, les troubles des comportements alimentaires (TCA) restent des défis complexes à surmonter.…
Lire l’article