Témoignage de Soline : Personne ne voyait rien

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Mon histoire avec le traitement de la boulimie et de l’anorexie est longue et compliquée. Je ne sais pas vraiment par où commencer. Il y a des périodes dont je me souviens mal, et je mélange souvent les dates. Mais, je vais essayer de vous expliquer un peu.

1. De 0 à 7 ans

Tout bébé, j’étais pleine de vie, un vrai pitre. Vers 4-5 ans, je me suis renfermée. Je ne parlais pas en présence d’inconnus. Seulement avec ma sœur et ma mère. Je pouvais être très bavarde avec elles ! Mais en présence d’autres, je restais muette toute une journée.

Mes parents ne s’entendaient pas. Mon père vietnamien ne montrait pas d’attention envers moi. Il ne parlait pas, ne calinait pas, ne jouait pas avec moi. Avec ma sœur aînée, il était sévère. Mais il me laissait tout faire.

À 6 ans, j’ai commencé le CP. C’était la seule année scolaire que j’ai aimée. Pourtant, je peinais à me faire des amis, comme à la maternelle.

2. De 7 à 13 ans

Vers 8 ans, j’ai arrêté de manger, pas vraiment par anorexie, mais à cause de violents maux de ventre. Je pensais que certains aliments étaient en cause, alors j’ai progressivement tout éliminé. Ces douleurs m’empêchaient de vivre normalement. J’avais peur de sortir, redoutant des crises soudaines. J’ai raté beaucoup de demi-journées d’école.

Même maintenant, je cherche toujours les toilettes en premier quand je vais quelque part. Ma mère m’a emmenée chez de nombreux médecins : spécialistes, généralistes, acupuncteurs, guérisseurs. Mais rien n’a fonctionné, car mes maux de ventre étaient d’origine psychologique. Ma mère a pensé tardivement à un psy, mais ma première tentative a échoué car je restais silencieuse. On a abandonné après la première séance.

Mes parents se disputaient constamment. Mon père criait sans raison et ma mère s’écrasait. J’ai voulu la protéger, devenant très proche d’elle. Elle a même failli m’hospitaliser, car j’étais affaiblie, marchant lentement.

J’ai vécu une anorexie pendant quatre ans, période durant laquelle je n’ai pas grandi. En 4ème, j’avais l’apparence d’une élève de CM1. Ce n’était pas facile, surtout après avoir déménagé de Vitrolles à Dijon où je ne connaissais personne.

3. De 13 à 18 ans

À mon arrivée à Dijon, je n’avais déjà pas beaucoup d’amis. Là, je me suis retrouvée complètement isolée. Les récréations étaient un calvaire, où je me tenais souvent seule, les larmes aux yeux.

À l’école, j’étais une élève exemplaire. C’était ma façon de chercher l’attention de mon père à travers mes résultats. Mais, à part en CP, je détestais l’école. Je faisais mes devoirs et apprenais mes leçons sans passion, juste pour faire plaisir à mes parents. Je n’avais pas d’amis et m’ennuyais beaucoup. Aucune idée de ce que je voulais faire plus tard.

Vers 13 ans, j’ai recommencé à manger.

J’étais contente de moi ! J’ai grandi de 10 cm en un an, atteignant finalement 1,61 m. Mais ensuite, j’ai eu du mal à m’arrêter de manger. Je suis devenue ronde, pesant entre 53 et 59 kg. Je me sentais très mal dans ma peau.

En 4ème, je me suis moins investie en classe. J’ai fait le minimum requis, mais je restais parmi les premiers de la classe. À 15 ans, mes parents ont divorcé. Mon père, pharmacien, ne voulait pas divorcer, mais un jour, il a frappé ma mère. Elle a décidé de partir.

Nous avons profité de son absence pour prendre quelques affaires et fuir avec l’aide des collègues de ma mère, institutrice. Nous avons trouvé refuge chez des amis, où nous avons vécu dans une chambre en sous-sol. J’étais en seconde à l’époque et j’ai commencé à négliger l’école, bien que je maintenais juste au-dessus de la moyenne.

Ce départ était une libération pour moi. Je ne supportais plus la tension à la maison. Mais j’étais déchirée, me sentant coupable d’avoir laissé mon père seul.

Après deux mois, ma mère a trouvé un appartement et nous avons déménagé. En première S, mes notes ont chuté drastiquement. J’ai tout laissé tomber, séchant les cours pour manger devant la télé. Je n’avais toujours pas d’amis, et l’isolement était total.

J’ai redoublé ma première. La seconde fois, j’ai réussi avec les félicitations. En terminale S, c’était le chaos. Je ne faisais rien, arrivais en retard, et séchais régulièrement. J’ai fini par abandonner cette terminale, ne sachant pas quoi faire de ma vie.

Je ne me suis pas présentée aux épreuves du bac, craignant l’échec. J’ai tenté une autre terminale S, mais sans succès. Je n’avais toujours pas d’amis, et mes efforts n’ont tenu qu’un trimestre.

4. De 18 à 24 ans

C’est à cette période que j’ai tenté de mettre fin à mes jours. La solitude était insupportable. Je pesais environ 53 kg pour 1,61 m, mais je me sentais mal. Personne ne voyait ma souffrance.

J’ai utilisé une lame de rasoir pour m’entailler profondément les veines des poignets. Le SAMU est arrivé dans un appartement couvert de sang. J’ai dû être opérée, perdant l’usage de mes mains pendant deux mois.

On m’a ensuite placée dans un hôpital psychiatrique. Là, j’ai refusé de manger, pas par dégoût, mais pour maigrir. J’ai perdu du poids, atteignant 46 kg. C’était ma première expérience avec des médicaments psychiatriques.

Ma mère était anéantie à mon retour à la maison. Le traitement n’aidait pas et elle craignait que je retombe dans l’anorexie de mon enfance ou dans la boulimie.

Les choses se sont ensuite embrouillées.

Je ne fréquentais plus l’école régulièrement. J’ai manqué mon bac car j’étais hospitalisée.

Les tentatives de suicide se sont succédé, entraînant de multiples hospitalisations. J’ai commencé à m’automutiler, laissant des cicatrices indélébiles sur mes bras.

Les médecins de l’hôpital ne m’aidaient guère. Les consultations étaient brèves et se limitaient à la prescription de médicaments. Je refusais de voir les psychologues, ne leur faisant pas confiance.

À 21 ans, j’ai rejoint la clinique Georges Dumas à Grenoble, spécialisée dans le traitement des jeunes en difficulté psychologique. La séparation d’avec ma mère fut difficile. J’ai commencé à suivre les cours assidûment, mais j’ai vite dérivé, me joignant à des amis pour sortir.

Dans cette clinique, j’ai expérimenté ma première relation sexuelle, la cigarette, les drogues, et l’alcool. J’ai décidé de maigrir avec une amie et me suis astreinte à un régime sévère et à un entraînement sportif intensif, perdant du poids significativement.

J’ai passé mon bac et, à ma grande surprise, je l’ai obtenu.

Cependant, j’ai rapidement regrossi, tombant dans une spirale de consommation excessive.

Je me suis inscrite à l’université, mais n’y allais pas. J’ai été renvoyée pour absence prolongée. Je suis retournée chez ma mère, qui avait déménagé dans un petit appartement. J’étais obligée de dormir sur le canapé.

La solitude était écrasante, et je naviguais entre la maison de ma mère et l’hôpital psychiatrique. Malgré mon traitement, j’ai alterné entre boulimie vomitive et anorexie, faisant du sport sans plaisir. J’ai fini par peser 40 kg.

Ces séjours à l’hôpital ont duré jusqu’à deux mois. Parfois, ma mère me faisait sortir contre l’avis des médecins.

J’ai traversé une période de débauche, buvant et sortant seule la nuit. J’ai été agressée sexuellement. Un psychothérapeute qui m’a aidé, mais j’ai dû arrêter pour des raisons financières.

J’ai rencontré un homme bien plus âgé, riche, qui m’a achetée. Il payait mon loyer, m’offrait des cadeaux luxueux et m’a même emmenée en voyage. J’ai fini par tomber enceinte de lui. Après deux mois d’indécision et de souffrance, j’ai choisi d’avorter, ce qui m’a profondément marquée.

En quelques mois, j’ai repris 30 kg, atteignant 70 kg. J’étais désespérée et perdue, sans amis, sans emploi, vivant à Dijon.

5. De 24 à 27 ans

À 24 ans, j’ai rencontré mon psychologue actuel. J’étais dans un état lamentable. La honte de mon corps m’empêchait de sortir, me confinant à mon lit où je mangeais et prenais des médicaments sans cesse, grossissant de plus en plus.

Une nouvelle hospitalisation psychiatrique s’est suivie sans amélioration. Ma mère m’a sorti de là, et j’ai vécu brièvement dans le Jura, dans une maison rustique, sans eau ni électricité. Une expérience éprouvante pour moi.

De retour chez ma mère, je ne faisais rien, enfermée dans ma solitude. Puis j’ai rejoint un chantier d’insertion comme aide-maraîcher, un travail que je détestais. Après un an et demi, on m’a confié un travail informatique. C’est là que j’ai découvert et appris à utiliser un ordinateur.

Malheureusement, j’ai dû retourner à l’hôpital psychiatrique, ce qui portait le nombre de mes hospitalisations à plus de douze.

J’ai alors décidé de ne plus jamais y retourner. J’étais déterminée à trouver un traitement pour mon anorexie et ma boulimie.

Parallèlement, je voyais mon psychologue très fréquemment. Malgré mon traitement, j’ai perdu du poids et suis retombée dans la boulimie vomitive. J’ai atteint 39 kg et continué à lutter contre des crises quotidiennes, angoissée et sans espoir.

Depuis l’âge de 8 ans, je n’ai jamais eu une relation saine avec la nourriture. Mes traitements m’aidaient mais me laissant alterner entre l’anorexie, la boulimie et la boulimie non vomitive. J’ai subi de multiples hospitalisations et consultations psychiatriques sans amélioration notable, à l’exception de mon psychothérapeute et de mon psychologue actuel. J’ai survécu à plusieurs tentatives de suicide, dont la dernière aurait presque réussi à l’hôpital.

Je vis toujours à Dijon, sans amis ni emploi, à 27 ans. J’ai essayé de renouer avec mon père, mais en vain. Ma mère est au courant de mes problèmes et me soutient, bien qu’elle souffre de ma situation. J’ai honte de lui causer tant de douleur, mais je sais que ce n’est pas de ma faute.

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