Témoignage anonyme : Je me fais vomir depuis que j’ai 13 ans

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J’ai découvert votre site dans une revue spécialisée. Je me suis tout de suite intéressée, et j’ai envie de vous faire part de mon témoignage concernant la boulimie, cela peut être une aide pour d’autres.

J’ai lu quasiment tous les témoignages. Chaque récit me bouleverse, évoquant un tourbillon intérieur et une descente aux enfers que j’ai moi-même connus.

Aujourd’hui, j’ai 25 ans et je suis guérie de cette maladie. Ces souvenirs sont douloureux. Elle a laissé son empreinte. La descente, je l’ai vécue, et je suis convaincue que j’ai exploré les profondeurs, que je n’oublierai jamais. Souvent, j’ai regretté d’y être descendue. Je me disais qu’une personne équilibrée n’aurait pas chuté, donc par définition, n’aurait jamais pu connaître cet abîme infernal.

La première fois que je me suis fait vomir, j’avais 13 ans. Je me souviens très bien de ce jour. C’était au tout début du mois de juin, lorsque les corps se dévoilent, juste après l’anniversaire de mon petit frère. Il y avait du gâteau au chocolat, et j’adore ça. Ce jour-là, je n’ai pas réussi à me contrôler. Presque mécaniquement, je me suis dirigée vers les toilettes pour me faire vomir. Ensuite, tout s’est enchaîné très vite. En moins d’une année, j’en suis arrivée à vomir 4, 5, 6, 7 fois par jour. Je remplissais des cuvettes de toilettes entières. Parfois, je n’arrivais plus, mon estomac et mon cerveau refusaient. Alors je me torturais, je pleurais, la tête au-dessus des toilettes, je n’en pouvais plus, ma tête tournait, je paniquais, mon estomac brûlait, j’étais au bout du rouleau. La boulimie s’était emparée de moi et j’avais besoin d’aide.

Ce sont des souvenirs horribles que je me force presque, souvent, à me remémorer.

Après cette première année, je suis passée à un autre niveau, parce que je ne supportais plus la conscience de moi-même, la culpabilité, la honte, le silence, l’effroi. Je faisais des crises d’hyperventilation, tellement j’étais angoissée. Ensuite, lorsque je me faisais vomir, ou que je n’y arrivais pas, je volais des médicaments à mon père, cardiaque et consommateur inguérissable de calmants, dont les ordonnances sont approvisionnées par ma tante psychiatre, maniaco-dépressive inavouée. Donc, en plus de mes crises de boulimie, je commence à me gaver de Lexomil®, Xanax® et toute la gamme. Je consomme aussi quotidiennement des somnifères et, dès l’âge de 15 ans, je me saoule toujours plus fréquemment.

Je pourrais écrire un livre sur mes aventures intérieures vécues durant ces années infernales. Mais je me limite aux signes comportementaux de ma maladie. À 19 ans, je n’avais plus le choix. Je consommais quotidiennement des calmants, en les mélangeant avec des somnifères, et je faisais également face à des crises de boulimie torturantes et obsessionnelles. J’abusais également de l’alcool, réussissant, dans les moments de consommation, à m’éloigner de la nourriture et de son cercle vicieux infernal. J’avais l’impression que l’alcool était une aide pour ma boulimie. Mais à ce moment de ma vie, je n’avais plus le choix : il me fallait sortir de cette situation ou mourir.

J’ai donc décidé de consulter un psychiatre, psychanalyste, qui m’a presque immédiatement proposé une analyse, que j’ai refusée. Cependant, un an après ma première séance, j’ai fini par m’allonger sur le divan, que je n’ai toujours pas quitté. Je suis donc en thérapie depuis cette époque. Environ deux ans après le début de mon traitement, j’ai arrêté de vomir, trois ans après, j’ai cessé de prendre des calmants, quatre ans après, j’ai abandonné les somnifères, et cinq ans après, j’ai renoncé à l’alcool. Aujourd’hui, je suis complètement sevrée, et je dois admettre que je redoute la balance. Je me pèse tous les six mois à la piscine. Quatre ans après le début de ma première séance, j’ai emménagé avec un homme que j’aime profondément. Il est le premier avec lequel je peux envisager un avenir.

Je vous écris parce que je veux dire à toutes les filles victimes de boulimie qu’il est possible, accessible et impératif de s’en sortir. La vie prend enfin des couleurs, et le temps de la liberté s’ouvre devant vous. Ma famille n’a jamais su quoi que ce soit à ce sujet, ou peut-être qu’elle le savait, mais cela n’a plus d’importance pour moi. Je leur en ai voulu pour quelque chose qu’ils ne pouvaient pas m’apporter. En ce qui me concerne, je fais l’apologie de la psychanalyse car c’est ce qui m’a rapidement sauvée des crises. Dès les premières années, je me suis sentie libre d’agir sur ma propre vie.

Bonne chance à toutes.

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