Témoignage anonyme : Demain, j’entre à l’hôpital

hospitalisation anorexie, anorexie traitement, anorexie boulimie, anorexie traitement, tca traitement, psy anorexie, psychiatre anorexie, psychiatre TCA, psy tca

Demain, j’entre à l’hôpital, dans un service d’endocrinologie et, bien que présente depuis un an et demi sur ce site, eh bien… Pour la première fois, je me décide à tenter un petit témoignage alors que je m’apprête à vivre ma première hospitalisation pour mon anorexie.

Un jour, un jour maudit, où pourtant peut-être il y avait du soleil, j’ai commencé à détailler mon assiette à la cantine scolaire. J’avais, à l’époque, la manie de tout compter et je me suis mise à compter les grains de riz. À n’en manger que dix, ou vingt. Des chiffres que je décidais de façon totalement arbitraire. Quand il n’y avait que de la purée, je ne mangeais rien, des mousses au chocolat, non plus. Je grapillais dans les salades de fruits : trois morceaux d’orange…

J’ai aujourd’hui toujours cette habitude de compter, de choisir mes portions selon des chiffre fétiches, 30 g, ou 3 fleurettes de brocolis…

J’avais douze ans quand, cette année-là, pour la première fois je suis montée sur la balance : 48kg. Je n’ai pas grossi au fil des années, alors que je grandissais. Je trouvais que 48, c’était un bon chiffre.

À 15 ans, j’ai trouvé que 45, ce serait un meilleure chiffre. C’est cette année-là que j’ai découvert qu’on pouvait se faire vomir, et aussi, les laxatifs. Mon poids, inéluctablement, augmentait. J’avais atteint 1m71, quand même. Ma taille définitive, celle d’aujourd’hui.

Un jour, cette année-là, je suis arrivée à 56kg, comme ça, par inadvertance. Je ne faisais pas de boulimie et je mangeais très peu. Mais je devenais une femme, avec des seins, des hanches… L’horreur, pour moi. J’ai avalé un après-midi 90 cachets d’aspirine. Personne n’a rien su, j’ai été malade pendant trois jours, très malade, mais ma mère ne s’alarme pas facilement, elle-même ayant un seuil de douleur très élevé. Elle a décrété que c’était une gastro-entérite. Effectivement, je vomissais, j’avais de la fièvre, je n’entendais plus, aussi. Puis tout est rentré dans l’ordre, comme si de rien n’était. Tant mieux, parce qu’anorexie ou non, je voulais à tout prix éviter une hospitalisation.

Mon poids a continué à osciller entre 53 et 56kg. Puis, l’année du bac, avec cette peur d’échouer au ventre, j’ai perdu dix kilos. Personne n’a percuté, ou plutôt, tout le monde a mis ça sur le compte du bac, qui avait bon dos. Que j’ai eu avec mention et 18 en philo.

Epuisée, j’ai repris dix kilos en un mois et fait une dépression d’un an après que mon inscription en philo ait été un échec. À la fac, j’étais perdue, je ne connaissais personne. Mais j’ai fini par me réinscrire en Lettres Modernes où j’ai très bien réussi.

A 22 ans, j’ai rencontré un homme de vingt ans plus vieux que moi. Une passion dévorante et destructrice. Il était déjà avec quelqu’un, il avait des enfants. Je l’ai quitté. Mais, au mois d’août 1998, il était parti de chez lui, on a pris un appart ensemble.

Ce bonheur n’a duré qu’un mois. En septembre, il m’a violée, battue, fait tellement de mal que j’ai perdu le bébé que je portais – et ça, je ne saurais jamais s’il l’ignorait. Je préfère penser que oui. En m’anéantissant, il m’a dit “tu vois que je t’aime”. Il y avait des signes précurseurs mais j’avais refusé de les voir. Je l’aimais, jusqu’à la folie.

Aujourd’hui encore, j’ai du mal à conjuguer le verbe aimer. Je n’ai prévenu personne. Après m’avoir laissé par terre, à demi inconsciente, il est rentrée, quelques heures plus tard. Il tapait à l’ordinateur. Je me suis approchée, je lui ai dit :”mais comment…” Sans cesser de fixer l’écran des yeux, il m’a dit : “J’ai vu que tu respirais”.

Les marques de strangulations, les ecchymoses sur mon ventre, sont restées de longs jours. Je ne suis pas allée à l’hôpital. Je n’ai prévenu personne. Encore une fois, je voulais absolument éviter une hospitalisation, même si cela n’avait rien à voir avec mon anorexie. C’était un mercredi. Le lundi suivant, il pliait bagage.

J’étais anéantie, je buvais, je me mutilais, j’étais comme morte, folle, j’avais des hallucinations, je voyais des bébés morts partout… J’ai arrêté mon DEA de Lettres Modernes. Je plongeais.

Puis, j’ai rencontré une semaine après l’homme que j’aime et avec qui je partage ma vie. Il m’a récupérée dans un sale état, il m’a sauvée. Je mangeais bien, comme la rescapée que j’étais, puis les crises de boulimie ont repris le dessus, un jour j’ai vu 56 kg, j’ai voulu avaler tous mes somnifères… Il a cassé la balance.

Il y a eu quelques mois de répit. La nourriture était toujours un problème, je maigrissais un peu, mais pas trop. Puis j’ai réussi le concours d’entrée dans une école d’assistante sociale et à partir de là, bizarrement, ça a été la chute libre. En août, j’étais à 46 kg. Chez un endocrino, avec enfin un nom sur tous ces troubles alimentaires que personne n’avait jamais compris : anorexie mentale. J’avais une menace d’hospitalisation au-dessus de la tête, avec contrat de poids. J’ai fui, j’ai trouvé, par un pédopsychiatre qui m’avait suivie plus jeune pour d’autres problèmes, un psy comportementaliste en libéral, génial et adorable.

Mais, mais… Cet été, j’étais remontée à 53 kg et en septembre, j’étais retombée à 46. Re-menace d’hospitalisation, compléments nutritionnels, médicaments à haute dose… Là-dessus, la boulimie vomitive a fait son apparition, avec son cortèges de douleurs (perte de morceaux de dents, estomac fracassé et toutes les conséquences que l’on sait des chutes de potassium). Et le chemin tout droit vers le suicide.

Aujourd’hui, je pèse 48,5 kg. Je me dirige enfin vers une hospitalisation après avoir tenté d’y échapper pendant quatorze ans d’anorexie. Ironiquement je n’y vais parce que je suis sous-alimentée, mais parce que je ne supporte pas cette reprise de poids, la graisse de partout, et que sinon je vais me tuer. Je le sais et ce n’est pas ce que je veux.

Je pense faire un pas vers la guérison. Mon but est de freiner la boulimie vomitive (ou pas), de réapprendre à manger plus sainement, de récupérer physiquement pour essayer de retrouver ma joie de vivre.

L’anorexie, elle, ne se règlera pas en quelques jours d’hospitalisation, mais elle, au moins, je sais la gérer. Elle ne me conduit pas au suicide et aux mutilations.

À long terme, je ne souhaite qu’une chose : devenir une personne épanouie, en harmonie avec son corps, son image, sa vie de couple, sa vie professionnelle ; afin d’avoir des enfants – d’autres enfants, plus tard. Et, peut-être, connaître un peu le bonheur, pas simplement celui de l’aiguille qui penche à gauche sur la balance.

Il faut qu’on se batte tous et toutes pour ça, chacun avec ses armes, mais ensemble, car je crois et je ne renoncerai jamais à croire qu’on peut, sinon “guérir”, du moins mieux vivre avec.

Articles recommandés

Rétablir la confiance après la boulimie
Lecture 11 minutes

Rétablir la confiance après la boulimie : 6 étapes clés pour des relations saines

La confiance est le pilier de toute relation saine et épanouissante. Cependant, traverser des périodes de troubles alimentaires tels que la boulimie peut ébranler ce fondement. Laissant derrière elle des…
Lire l’article
jours sans faim, vaincre l'anorexie, jours sans faim delphine de vigan, roman anorexie
Lecture 13 minutes

Vaincre l’anorexie : “Jours sans faim” de Delphine de Vigan

Dans le paysage littéraire contemporain, aborder des sujets aussi délicats et personnels que les troubles du comportement alimentaire (TCA) requiert une sensibilité et une compréhension profondes. "Jours sans faim" de…
Lire l’article
psychologue tca en ligne, psy tca, psy troubles alimentaires
Lecture 12 minutes

Psychologue TCA en ligne : Avantages et bonnes pratiques

Dans un monde où la santé mentale prend une place de plus en plus centrale dans nos vies, les troubles des comportements alimentaires (TCA) restent des défis complexes à surmonter.…
Lire l’article