L’hyperphagie – Un trouble alimentaire vécu dans le silence

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L’hyperphagie, ou hyperphagie boulimique, est le trouble du comportement alimentaire le plus répandu. Il est pourtant moins connu que l’anorexie ou la boulimie. Comme dans cette dernière, le malade connaît des crises irrépressibles de frénésies alimentaires, ou mange en grande quantité sous une forme de grignotage permanent, mais sans vomir ou adopter de comportements compensatoires, ce qui induit un surpoids, voire une obésité. Souvent, on prend à tort l’hyperphagique pour une personne gourmande, qui a de mauvaises habitudes alimentaires ou qui se laisse aller. Les médecins posent souvent le diagnostic tardivement. Pourtant, cette maladie cache une réelle souffrance psychologique qui nécessite un accompagnement thérapeutique. Pour en sortir, découvrez comment repérer et traiter ce TCA.

1. QU’EST-CE QUE L’HYPERPHAGIE ?

Bien qu’on parle d’hyperphagie boulimique, ce trouble alimentaire présente un tableau clinique différent de celui de la boulimie. La différence entre la boulimie et l’hyperphagie n’est pas toujours facile à comprendre.

Le malade ingurgite de grandes quantités de nourriture sans pouvoir s’en empêcher, soit lors de crises localisées, soit sous forme d’un grignotage permanent. Mais à la différence de la boulimie, il n’y a pas de comportements compensatoires pour compenser l’excès de calories avalées. Ces pulsions alimentaires se vivent comme un trouble de l’addiction et entraînent généralement une prise de poids importante, voire une obésité modérée à morbide en l’absence d’une prise en charge par un psychologue spécialisé.

a. Quels sont les symptômes de l’hyperphagie ?

On pose le diagnostic du trouble hyperphagique en présence de comportements spécifiques :

  1. Le patient connaît au minimum une crise hyperphagique par semaine, durant au moins 3 mois consécutifs
  2. Comme dans la boulimie, le malade ne peut s’empêcher de manger et éprouve une sensation de perte de contrôle
  3. Le patient n’adopte aucun comportement compensatoire (vomissement, exercice physique intense, laxatifs, diurétiques, etc.)
  4. Chaque épisode hyperphagique s’accompagne d’au moins 3 de ces critères :
  • les aliments sont mangés toute la journée
  • la personne mange sans sensation de faim
  • la personne mange jusqu’à ressentir une pesanteur dans l’estomac
  • l’épisode se déroule généralement en cachette, car la personne a honte de son comportement
  • après la prise alimentaire, la personne se sent déprimée, coupable et éprouve un dégoût d’elle-même

b. Qui est touché par l’hyperphagie ?

L’hyperphagie affecte 3 à 5 % de la population française. Quasiment autant d’hommes que de femmes en sont atteints. On diagnostique principalement des adultes, bien que des formes précoces existent.

Puisque l’on connait mal l’hyperphagie, il y a certainement une sous-évaluation du nombre de patients réellement touchés par ce trouble.. Elle apparaît vers 20 ans, mais la première consultation s’effectue en général entre 30 et 50 ans.

Par ailleurs, les personnes évoquent leur surpoids, mais rarement leur trouble du comportement alimentaire. Cela induit également un diagnostic tardif qui peut expliquer une majorité de cas d’adultes.

2. QUELLES SONT LES CAUSES DE L’HYPERPHAGIE ?

À l’instar des autres troubles du comportement alimentaire, il n’y a aucune certitude quant à l’origine précise de l’hyperphagie mais praticiens et chercheurs s’accordent à dire que l’origine de ce trouble est multifactorielle : biologique, psychologique, environnemental, social et familial.

En France, les troubles hyperphagiques affectent 0,3 à 3% des hommes contre 1,9 à 5% des femmes. Ce chiffre grimpe à 9 à 15% parmi les femmes qui consultent pour des problèmes de surpoids (Source : Haute Autorité de Santé)

L’hyperphagie concerne davantage les hommes que les autres troubles du comportement alimentaire.

Seulement 6% des individus atteints de boulimie ou d’hyperphagie cherchent de l’aide auprès d’un psychologue ou d’un psychiatre.

a. Les facteurs biologiques

Dans certaines situations, un dysfonctionnement de l’hypothalamus dû à des facteurs génétiques ou des anomalies biologiques, ou encore un traumatisme sévère comme un accident, peut provoquer une dérégulation des neurotransmetteurs, conduisant ainsi à des troubles alimentaires tels que l’hyperphagie. Le cerveau devient alors incapable de détecter correctement les sensations de faim ou de satiété. Chez les femmes, un syndrome prémenstruel peut également les pousser à manger plus.


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Dans le contexte du diabète de type 1 ou 2, une carence en insuline inhibe la conversion des protéines, ce qui peut entraîner une compulsion alimentaire. De plus, les individus qui dépendent de certains médicaments, tels que les corticostéroïdes, antihistaminiques, neuroleptiques, antidépresseurs tricycliques ou stupéfiants, sont également susceptibles de développer ce trouble alimentaire.

b. Facteurs sociaux et familiaux

Les mauvaises habitudes alimentaires ancrées dans le quotidien familial favorisent l’apparition du comportement hyperphagique. Les relations entre le patient et sa famille peuvent également être vecteur d’hyperphagie lorsque l’entourage n’accepte pas la personne telle qu’elle est. Ainsi, cela exacerbe vide affectif, honte, et sentiment d’insécurité.

L’environnement dans lequel évolue le patient, y compris les influences sociales, familiales et culturelles, peut avoir un impact significatif sur ses habitudes et comportements alimentaires. Par exemple, s’il réside dans une communauté ou une culture qui considère la minceur comme un idéal de beauté ou un symbole de réussite, il est plus probable qu’il soit enclin à développer des troubles alimentaires tels que la boulimie.

Les médias, les réseaux sociaux, les normes culturelles, ou même les attentes familiales, qui valorisent souvent des standards corporels irréalistes, peuvent exacerber cette pression sociale. Dans de tels contextes, la peur de ne pas correspondre à ces idéaux peut conduire à des comportements alimentaires malsains et extrêmes.

c. Facteurs psychologiques

Le stress ou la dépression sont les principaux facteurs de ce trouble alimentaire compulsif. En effet, près de 50% des personnes dépressives passent par l’hyperphagie. Un phénomène qui se traduit par un manque d’amour propre, une perte des repères et d’estime de soi, la solitude, des crises d’angoisse, d’anxiété et de colère.

La frénésie alimentaire vient compenser un état dépressif. Elle sert aussi de consolation lorsqu’on se sent anxieux, seul, fatigué ou pour combler l’ennui. C’est comme si, via l’hyperphagie, le malade en venait à « manger ses émotions ». Ce schéma est d’autant plus ancré si dans l’enfance, la famille utilisait la nourriture pour récompenser ou réconforter.

Témoignage : “Mon Combat Contre l’Hyperphagie : Une Bataille Psychologique”

“Je m’appelle Claire, j’ai 32 ans, et cela fait maintenant dix ans que je lutte contre l’hyperphagie. Mon histoire commence à une période difficile de ma vie, marquée par un stress professionnel intense et des problèmes relationnels. Je me sentais souvent déprimée et seule, et la nourriture est devenue mon refuge, mon réconfort dans les moments d’angoisse.

Mes crises hyperphagiques étaient comme des échappatoires. Je pouvais commencer à manger sans faim réelle et ne m’arrêtais que lorsque je ressentais une lourdeur presque douloureuse dans l’estomac. Ces épisodes se déroulaient souvent en secret, car j’avais honte de mon incapacité à contrôler mon comportement alimentaire.

Après chaque crise, les sentiments de culpabilité et de dégoût de moi-même étaient accablants. Je savais que ce que je faisais était nocif, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. C’était un cycle vicieux, où manger était à la fois la cause et la solution temporaire à mon mal-être émotionnel.

C’est en consultant un psychologue spécialisé dans les troubles alimentaires que j’ai commencé à comprendre les racines de mon hyperphagie. J’ai appris que c’était plus qu’un problème alimentaire, c’était une réponse maladroite à mes émotions non résolues et à ma faible estime de moi.

Grâce à un travail thérapeutique continu, j’ai commencé à développer de nouvelles stratégies pour gérer mon stress et mes émotions. J’ai appris à reconnaître les déclencheurs de mes crises et à trouver des moyens plus sains de les aborder. Ce voyage n’est pas facile, mais chaque jour, je me sens un peu plus forte et plus capable de faire face à mes défis sans me tourner vers la nourriture.”

d. Facteurs déclenchants et aggravants

On identifie fréquemment des expériences de vie difficiles, telles que des traumatismes, des situations de maltraitance, des manques affectifs, des complications dans les relations sociales ou interpersonnelles, ou encore des périodes de stress intense, comme des éléments déclencheurs immédiats du trouble alimentaire. Toutefois, bien que ces facteurs soient importants, ils ne doivent pas être perçus comme les seules causes sous-jacentes de la détresse qui conduit à des comportements hyperphagiques. Au contraire, ils agissent souvent comme le catalyseur final, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, exacerbant des problèmes préexistants et déclenchant ainsi le cycle de l’hyperphagie ou de la boulimie.

3. QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES DE L’HYPERPHAGIE ?

Les effets de l’hyperphagie sur la santé sont graves et nécessitent une prise en charge immédiate par un psychologue spécialisé. Plus le trouble persiste, plus les risques de complications métaboliques et psychologiques augmentent, certains pouvant même être mortels. Reconnaître ces symptômes est crucial pour une intervention rapide.

a. Conséquences physiques

Contrairement à la boulimie, l’hyperphagie n’implique pas de comportements compensatoires comme les vomissements, mais elle expose néanmoins l’organisme à des risques importants :

  • Obésité et complications associées, comme le diabète et les maladies cardiaques
  • Hypertension artérielle
  • Troubles du sommeil
  • Douleurs articulaires et musculaires
  • Troubles gastro-intestinaux, tels que le reflux gastrique

b. Souffrances psychologiques liées à l’hyperphagie

L’hyperphagie est souvent une réponse mal adaptée à un mal-être émotionnel sous-jacent. Loin de résoudre ce mal-être, elle l’exacerbe.

Un cercle vicieux se met en place, caractérisé par des attentes irréalistes et des normes auto-imposées qui engendrent un sentiment d’échec et d’incompétence. Cela renforce l’idée que la personne a une faible valeur, aggravant ainsi une estime de soi déjà fragile.

La honte et le secret entourent souvent ce trouble. Bien que conscient de la nature problématique de son comportement alimentaire, l’individu hyperphagique éprouve souvent des difficultés à en parler et à chercher de l’aide.

Ce silence a un impact significatif sur la vie sociale de la personne. Un retrait social peut s’observer. Il conduit à un isolement progressif qui affecte la vie familiale, les relations amicales et la carrière professionnelle.

De plus, les symptômes peuvent passer inaperçus pour l’entourage, surtout si la personne vit seule et réussit à dissimuler son état.

Enfin, les épisodes d’hyperphagie peuvent gravement affecter la santé mentale. Ils sont souvent suivis de sentiments de détresse, de culpabilité et d’auto-répulsion, qui peuvent évoluer vers une dépression sévère. Le risque de comportements suicidaires et de troubles liés à l’addiction est également accru. Ils rendent ainsi la prise en charge et le soutien psychologique d’autant plus cruciaux pour ces individus.

4. COMMENT SOIGNER L’HYPERPHAGIE ?

Un soutien psychologique est indispensable pour aborder efficacement les problèmes liés à l’hyperphagie. L’objectif est non seulement de rétablir une image corporelle saine et de renforcer l’estime de soi, mais aussi de déceler et de comprendre les éléments déclencheurs qui ont conduit l’individu à adopter des comportements alimentaires nocifs.

À travers un processus thérapeutique et une introspection accrue, la personne atteinte d’hyperphagie apprend à mieux gérer son inconfort émotionnel et à adopter des stratégies plus saines pour faire face à ses émotions.

Différentes formes de thérapies, qu’elles soient individuelles ou en groupe, ont montré leur efficacité :

  • la psychanalyse
  • les thérapies familiales et systémiques
  • les thérapies cognitivo-comportementales

Le choix de la thérapie pour traiter l’hyperphagie doit être personnalisé, en tenant compte de la personnalité et du vécu de l’individu, pour garantir une adhésion optimale au traitement. Les groupes de soutien peuvent également être très bénéfiques.

Un suivi médical et nutritionnel est aussi fortement recommandé pour traiter les complications physiques associées à l’hyperphagie et pour aider la personne à retrouver le plaisir de manger grâce à des habitudes alimentaires plus équilibrées.


Bien que le chemin vers la guérison puisse être ardu, il n’y a pas de fatalité. Avec l’accompagnement d’un professionnel spécialisé, il est tout à fait possible de surmonter l’hyperphagie.

Si vous ressentez le besoin d’être accompagné, n’hésitez pas à consulter. Notre équipe de thérapeutes, experts en troubles du comportement alimentaire, est là pour vous aider. Des consultations en cabinet ou à distance sont disponibles, que vous soyez en France ou à l’étranger.

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