Anorexie : comprendre et aborder ce trouble du comportement alimentaire

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L’anorexie médicale et l’anorexie mentale sont deux conditions caractérisées par une diminution de l’appétit involontaire, mais elles ont des origines distinctes. Quelles sont alors les spécificités de chacune de ces formes d’anorexie ?

L’anorexie médicale résulte d’une perte d’appétit et est souvent déclenchée par des problèmes de santé tels que le cancer, les infections bactériennes ou virales, ou des troubles métaboliques. En revanche, l’anorexie mentale est spécifiquement liée à des causes psychologiques, telles que la dépression, l’anxiété, la névrose ou un traumatisme émotionnel. C’est ce dernier type d’anorexie que nous allons explorer plus en détail ici et auquel nous ferons référence en utilisant le terme “anorexie” pour une simplicité de lecture.

1. QU’EST-CE QUE L’ANOREXIE MENTALE ?

L’anorexie mentale est un trouble alimentaire caractérisé par une peur intense de prendre du poids et une image corporelle déformée. Cette peur conduit à une restriction alimentaire sévère et à d’autres comportements visant à perdre du poids. Les personnes atteintes d’anorexie mentale ont souvent une perception erronée de leur propre corps, se voyant comme en surpoids même si elles sont dangereusement maigres.

Ce trouble peut avoir des conséquences graves sur la santé, y compris des problèmes cardiaques, des troubles hormonaux, une faiblesse musculaire, et dans les cas extrêmes, il peut être fatal. L’anorexie mentale peut également avoir des impacts psychologiques, tels que la dépression, l’anxiété et un isolement social.

Les principaux symptômes de l’anorexie sont :

  • un amaigrissement important (jusqu’à 50 % du poids normal) et rapide
  • une perte d’appétit, un refus de manger
  • une aménorrhée chez les femmes (interruption des règles)

a. Quelques chiffres

L’anorexie affecte surtout les jeunes filles âgées de 12 à 20 ans, représentant 1 à 2 % de cette catégorie d’âge, ce qui équivaut à environ 40 000 jeunes en France. Ainsi, la maladie est majoritairement féminine, avec un ratio de neuf femmes pour un homme. On observe une augmentation des cas d’anorexie dans les pays développés et le taux d’hospitalisation pour cette condition a doublé en une génération. Cette maladie semble être plus fréquente chez les adolescentes provenant de milieux sociaux aisés et résidant en zones urbaines (Source : Vidal).

Bien qu’ils soient fondamentalement différents, les troubles anorexiques et boulimiques sont des maladies mentales qui peuvent être associées et qui peuvent alterner :

  • 27 % des boulimiques ont des antécédents d’anorexie
  • 20 % des anorexiques ont des conduites boulimiques (crises de boulimie et comportements compensatoires pour ne pas grossir, tels que vomissements, jeûne, hyperactivité physique, abus de laxatifs et de diurétiques)

b. Reconnaître les signes

Parmi les signes qui doivent alerter, on retrouve une préoccupation excessive du poids et de l’alimentation. L’image du corps est altérée et le malade se sent toujours trop gros, même quand il atteint une maigreur alarmante. Le déni de gravité de son état le pousse à vouloir perdre toujours plus de poids.


Lire l’article : Anorexie ou l’anomalie du plaisir

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De nombreux stratagèmes sont développés pour éviter de se nourrir et maintenir l’entourage du malade dans l’illusion d’une conduite alimentaire normale (du moins le pense-t-il) :

  • invoquer un régime
  • effectuer un tri alimentaire dans l’assiette
  • éliminer les aliments riches (sucrés et gras)
  • prétendre que l’on a déjà mangé ou que l’on n’a pas faim
  • cuisiner pour les autres, les resservir…

Malgré un état évident de dénutrition, on remarque une grande activité physique et intellectuelle, ainsi qu’un refus de la fatigue.


Lire le témoignage de Coralie

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On observe également un certain état d’excitation, du moins au début de la maladie. Le patient semble trouver dans son trouble alimentaire du réconfort et une solution pour maîtriser sa souffrance psychologique d’origine. Car en refusant de s’alimenter, la personne anorexique contrôle et organise un vide qu’elle situe au niveau corporel, afin de se défendre d’un vide au niveau psychique.

2. QUELLES SONT LES CAUSES DE L’ANOREXIE ?

Comme pour les autres TCA, cette maladie exprime une souffrance psychologique sous-jacente. Elle résulte de plusieurs facteurs : psychologiques, génétiques, familiaux, sociaux et environnementaux.

Parmi les facteurs génétiques et psychologiques, on retrouve dans le passé des patients :

  • des épisodes de dépression
  • des phobies ou des troubles anxieux
  • une mauvaise estime de soi
  • un perfectionnisme
  • un trouble de la personnalité
  • des antécédents familiaux de troubles de l’alimentation

Par ailleurs, 40 % des patients souffrent de troubles psychiatriques associés : problèmes d’addiction, anxiété, trouble obsessionnel compulsif, troubles de la personnalité.

Longtemps pointées du doigt, les familles ne sont pas forcément à l’origine du trouble, bien que l’on retrouve parfois des maltraitances, des abus sexuels et autres problématiques familiales délétères. En revanche, le trouble anorexique d’un proche impacte lourdement toute sa famille. Il peut être alors important d’inclure celle-ci dans la prise en charge.

Les facteurs socioculturels sont aussi souvent incriminés en raison des dictâtes de la mode qui font l’éloge de la minceur. Certains milieux s’en font davantage l’écho, tels que ceux de la danse, du sport de haut niveau ou du mannequinat.

À la puberté, un âge de chamboulement de l’image du corps et où le « qui suis-je ? » occupe une place centrale, il est courant que l’adolescent cherche la reconnaissance dans le regard de l’autre. Ces normes sociales de beauté peuvent alors nuire à la construction d’une image de soi saine.

Enfin, certains évènements de vie difficiles sont souvent retrouvés en amont du déclenchement de ce trouble alimentaire (deuil, séparation, traumatisme..).

3. QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES DE L’ANOREXIE ?

Les épisodes anorexiques peuvent s’installer pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Ils durent en moyenne de 1,5 à 3 ans. Au-delà de 5 ans, on parle d’anorexie chronique.

Plus le trouble perdure, plus le malade risque des complications psychologiques et physiques irréversibles, voire fatales. 5 % des anorexiques décèdent des suites de la maladie. Il est donc essentiel de consulter rapidement.

a. Les conséquences psychologiques et sociales

L’anorexie, comme tous les TCA, vient répondre à une souffrance psychologique. À travers ce trouble du comportement alimentaire, le malade trouve un moyen de contrôler son mal-être. Un contrôle sur son corps qu’il vit dans un premier temps dans un certain état d’excitation et de jouissance et qui lui apporte du réconfort.

Pourtant, cette illusion d’hyper contrôle ne tient pas dans la durée. Tôt ou tard, l’anorexique découvre que son trouble lui fait au contraire perdre le contrôle, laissant à nouveau place au malaise d’origine. Puis, s’ensuit une dépendance au contrôle, au manque et au vide pour faire taire ce mal-être. Un cycle infernal dont il devient difficile de s’extraire et qui aggrave une estime de soi déjà fragile.


Lire le témoignage de Virginie

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Une hyperémotivité, de l’anxiété, des sautes d’humeur, des pensées obsessionnelles, de l’impulsivité (attaque contre soi) et une dépression peuvent apparaître. Des pensées suicidaires surviennent dans les cas les plus graves. Or, de tous les troubles psychologiques, le taux de suicide associé à cette maladie est le plus fort.

Enfin, on constate un repli sur soi, voire un isolement social. Il peut aller jusqu’à l’abandon des études ou du travail, et qui va aggraver les symptômes.

b. Des séquelles physiologiques importantes

Sur le plan physique, on assiste à des problèmes de malnutrition (carences en fer, vitamines, potassium…) qui entraînent à long terme de sérieux troubles rénaux, cardiaques, osseux, hormonaux et cognitifs.

Si elle perdure, l’aménorrhée (arrêt des règles) augmente significativement le risque de développer des troubles de la fertilité et d’ostéoporose.

Chez les anorexiques qui ont des conduites boulimiques, on retrouve des lésions des organes digestifs, des dents et des gencives dues à l’acidité des vomissements.

Rarement, on trouve des complications liées à un mérycisme associé.

4. QUEL TRAITEMENT POUR L’ANOREXIE ?

On peut sortir de ce trouble des conduites alimentaires, même si la route peut être longue. Les rechutes sont fréquentes et le risque de glisser ensuite vers un autre TCA, tel que la boulimie, est important.

Toutefois, après 5 ans, les ⅔ des patients sont sortis d’affaire. Plus le trouble est repéré rapidement, plus la reconstruction est efficace. Chez l’adolescent, on assiste à 50 % de guérison.

a. Approche multidisciplinaire

La prise en charge est en général multidisciplinaire afin de traiter efficacement les complications physiologiques et psychologiques. Lorsque le trouble met le patient en situation de risque vital (avec des troubles métaboliques graves et/ou des crises suicidaires), l’hospitalisation est incontournable. Sinon, des consultations spécifiques (médicales et psychologiques) ou un suivi hospitalier en ambulatoire seront proposés.

b. Reconstruction psychologique et rôle de l’entourage

Si la reprise de poids est nécessaire, il est avant tout primordial de soigner la souffrance psychologique de l’anorexique. Tant celle à l’origine du trouble, que celle qu’il aura engendrée, afin de rompre le cercle vicieux. Pour cela, l’accompagnement par un psychologue spécialisé est indispensable pour que le patient comprenne ses troubles, qu’il apprenne à les gérer d’une manière adaptée et qu’il restaure son image corporelle et son estime.

Mais sans l’adhésion du malade au traitement, il est difficile d’en sortir. Surtout s’il est encore dans le déni de son trouble. Il faudra patiemment l’amener à reconnaître sa maladie et sa gravité. L’entourage peut alors être une aide précieuse dans cette prise de conscience.

Pour consolider la reconstruction, le suivi psychologique peut s’étendre jusqu’à plus d’un an après la rémission. Un long chemin donc, mais qui est la clé pour sortir définitivement de ce trouble et retrouver le plaisir de vivre. Car en refusant de s’alimenter, l’anorexique refuse avant tout de croquer dans la vie !


Vous ou un de vos proches souffrez d’anorexie mentale ? Sortir de l’isolement est essentiel. Notre équipe de thérapeutes spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire sont à votre écoute. Ils vous reçoivent en cabinet ou vous proposent une thérapie à distance, que vous viviez en France ou à l’étranger.

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