L’hyperphagie alimentaire : une faim de loup

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Il n’est pas rare d’entendre dans le discours commun des inexactitudes autour des troubles du comportement alimentaire. Question de honte ou de manque de volonté, question d’incapacité ou de fainéantise ? L’hyperphagie alimentaire est un trouble sévère, qui tente de cacher derrière ses mystères une véritable faim de vivre.


1. HYPERPHAGIE : UN TROUBLE ALIMENTAIRE

L’hyperphagie alimentaire est un trouble des conduites alimentaires (TCA), au même titre que la boulimie, l’anorexie ou encore l’orthorexie. La différence entre la boulimie et l’hyperphagie n’est pas toujours facile à identifier. L’hyperphagie est une maladie psychique, un trouble pathologique souvent mal compris et mal interprété, dont il est nécessaire de clarifier les causes et les conséquences.

L’hyperphagie correspond à une consommation permanente de nourriture, avalée dans de grandes quantités. Les quantités sont astronomiques. Elles sont pour tout individu qui n’est pas confronté à ce trouble du comportement alimentaire, difficilement représentables.

Les prises d’aliments par crises, sont la conséquence d’un appel à l’aide qui se veut fort et puissant. En réalité, comme pour le sujet boulimique, ce n’est pas de faim dont il s’agit dans l’hyperphagie, bien au contraire.

L’individu qui souffre de ce trouble n’a pas faim. Il a besoin de manger.

2. LES COMPULSIONS DANS L’HYPERPHAGIE ALIMENTAIRE

En réalité, dans l’hyperphagie, il n’est pas question de manger pour remplir un besoin vital, ou pour obtenir une sensation de satiété et d’énergie.

Dans le rapport à l’alimentation, il est question de pulsion, de compulsion. La nourriture prise frénétiquement, apporte alors un sentiment d’apaisement momentané face à un gouffre de douleur.

Elle remplit, littéralement, le gouffre de son mal-être. Elle comble, par la nourriture, le trou de son angoisse.

Dans l’hyperphagie alimentaire, la personne en souffrance éprouve la nécessité de manger sans pour autant être en capacité de s’arrêter. C’est une pulsion incontrôlable, sur laquelle elle n’a pas la main. Elle est inconsciente.

Ces pulsions ou compulsions conduisent le sujet à manger compulsivement jusqu’à épuisement. Le corps est rempli, le cerveau est anesthésié, le souffle est coupé et les angoisses momentanément apaisées.

Au même titre que l’anorexie et la boulimie, l’hyperphagie s’articule autour de la notion centrale de compulsion.


Lire l’article : La compulsions dans les TCA

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C’est la compulsion qui transforme la nourriture en une drogue, une substance addictive dont on ne peut se séparer. La personne souffrant d’hyperphagie est alors esclave de cette pulsion qui la renferme et la détruit.

Ces pulsions sont féroces et imprévisibles, symptômes d’une immense détresse psychique et émotionnelle.

Elles sont aussi paradoxalement, source d’un immense soulagement momentané, venu anesthésier angoisses, émotions et questionnements douloureux.

3. HYPERPHAGIE ALIMENTAIRE : REMPART OU TORTURE ?

Si l’hyperphagie aspire au soulagement, quel est alors ce moteur qui incite l’individu à manger en permanence ?

Combler un vide, anesthésier ses émotions, oublier une douleur ? Remplir, anesthésier, oublier… mais quoi ? qui ? comment ? Et encore combien de temps ?

Manger est une action qui occupe l’esprit du sujet souffrant de ce trouble alimentaire. Pendant qu’il mange, il ne pense plus. Les tourments de son esprit s’apaisent. Il croit alors oublier, il se sent enfin soulagé.

Si la nourriture apporte un apaisement momentané, elle est aussi parallèlement une arme dirigée contre une angoisse. Cette angoisse, si forte et insupportable, que le sujet trouve en la nourriture une solution de secours immédiate pour la neutraliser. Comme un voile de coton que l’on déposerait sur un meuble endommagé.

Néanmoins, l’hyperphagie alimentaire, se leurrant de solutionner le problème en l’oubliant un instant, ne se contente que de le déplacer.

En effet, plutôt que de faire face à l’angoisse, la crise hyperphagique plonge la personne en souffrance dans une crise d’hyperphagie où le recours à la nourriture est poussé à l’extrême.

Les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin. – Milan Kundera

Le sujet souffrant de ce trouble est alors soumis à une perte de contrôle vertigineuse doublée d’un sentiment de honte et de culpabilité.

Son corps lui, est soumis à une agression extrême et douloureuse, tant les quantités avalées sont immenses.

En réalité, l’hyperphagie est un moyen de défense trouvé par l’esprit afin de se protéger. Un rempart à la souffrance angoissante et omniprésente, et à une réalité pesante et insoutenable.

Mais c’est aussi une arme contre soi, face à un corps qui en pâtit. Un acte de torture, qui doublé d’un mélange de sentiments, s’auto-sabote.

4. DES JUGEMENTS AUX APPARENCES TROMPEUSES

En apparence, la personne souffrant d’hyperphagie s’adonne à la nourriture car elle a une faim de loup. Une faim, grandissante et jamais rassasiée. C’est du moins ce qui paraît en extérieur.

Le sujet hyperphagique ne peut se contrôler. La pulsion qui la pousse à ces crises incontrôlables est inconsciente, et plus forte que tout. Elle dévore tout sur son passage, la volonté comme les besoins physiques. La personne souffrant de ces crises d’hyperphagie est parfois, à tort, perçue comme un monstre.

En effet, la personne atteinte de ce trouble alimentaire subit les moqueries et fait face à un grand nombre d’incompréhension. Des moqueries et des questionnements de la part de sa famille, de son entourage proche et de la société.


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Les troubles du comportements, quels qu’ils soient, n’ont aucun lien avec la volonté. C’est à peine s’ils en ont un avec la nourriture, qui n’est finalement qu’un objet pris à parti par la maladie. La nourriture n’est plus nourriture, mais source d’angoisse, d’apaisement ou de compulsion. C’est un objet dont l’objectif premier a été extrait.

Cette différence est minime. Pourtant, c’est à cause de ce postulat que les personnes souffrant de troubles alimentaires comme l’hyperphagie, sont jugées à tort, alors même que leur maladie est un cri de détresse. Les patients souffrants d’hyperphagie ne ressentent au moment de leurs crises, qu’une immense angoisse insoutenable que seule la nourriture semble pouvoir momentanément calmer.

5. LA THÉRAPIE FACE À L’HYPERPHAGIE

Il est important d’accompagner les patients atteints d’hyperphagie. Comme nous l’avons souligné, ce trouble alimentaire est un appel à l’aide, un cri de détresse et une tentative de survie.

L’incompréhension est souvent de mise, pour le malade comme pour l’entourage. Consulter un psy en ligne, spécialisé dans les troubles du comportements alimentaires permet de mettre en mots les maux qui blessent, retiennent et persécutent.

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