Dysmorphophobie : 6 signaux d’alerte et comment en sortir

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Vous vous regardez dans le miroir et ce que vous voyez vous accable. Un détail de votre visage ou de votre corps, si infime qu’il soit, capte toute votre attention. Il vous semble anormal, disproportionné, tout simplement inacceptable. Cette obsession pour un soi-disant défaut physique vous hante, perturbant votre bien-être mental et émotionnel. Attention, au-delà d’un complexe, vous pourriez souffrir de dysmorphophobie.

Dans notre monde actuel, l’apparence physique joue un rôle crucial dans la façon dont nous nous percevons et interagissons avec les autres. Si l’image que vous avez de votre corps vous obsède au point de provoquer une véritable détresse psychologique, il se peut que vous souffriez de dysmorphophobie. Ce trouble, plus qu’une simple insatisfaction, peut devenir un véritable fardeau au quotidien. Bien que la dysmorphophobie ne soit pas un trouble du comportement alimentaire à proprement parler, ces deux types de maladies sont, nous le verrons, étroitement liées.

Dans cet article, nous allons explorer ensemble les 6 signes révélateurs de la dysmorphophobie. Plus important encore, nous vous proposerons des approches et des solutions concrètes pour vous aider à surmonter ce trouble. Vous n’êtes pas seul(e) dans cette lutte. Il existe des moyens efficaces pour retrouver une vie plus sereine et équilibrée.

1. QU’EST-CE QUE LA DYSMORPHOPHOBIE OU DYSMORPHIE CORPORELLE ?

La dysmorphophobie, aussi connue sous le nom de trouble dysmorphique corporel (en anglais “Body dysmorphic disorder (BDD)”), est un trouble psychologique où une personne est obsédée par une ou plusieurs imperfections perçues dans son apparence physique, souvent mineures ou inexistantes aux yeux des autres.

Il ne s’agit pas simplement de se soucier de son apparence. C’est une préoccupation constante et envahissante qui peut entraîner une détresse significative et affecter la capacité à fonctionner au quotidien.

a. Impact des médias sociaux et de la culture de l’image

À l’ère du numérique, les médias sociaux ont un impact considérable sur notre perception de la beauté et de l’acceptation sociale. En effet, les images retouchées et les standards de beauté irréalistes diffusés sur ces plateformes peuvent alimenter la dysmorphophobie. On note cela en particulier chez les jeunes.

L’exposition constante à des idéaux de perfection physique peut créer et renforcer des insatisfactions corporelles. Menant ainsi à une augmentation des cas de dysmorphophobie.

b. Statistiques concernant la dysmorphophobie

Des études récentes ont estimé que la prévalence ponctuelle de la dysmorphophobie était de 11,3% dans diverses populations étudiées. Cette prévalence atteint 20,0% dans les milieux cosmétiques/dermatologiques, 7,4% dans les milieux de santé mentale, et 6,7% dans d’autres milieux, y compris chez les étudiants et les danseurs professionnels (source : National Library of Medicine, Prevalence of body dysmorphic disorder: A systematic review and meta-analysis)​​. Ces chiffres suggèrent que la dysmorphophobie pourrait être plus répandue qu’on ne le pensait précédemment, en partie en raison de la réticence des personnes atteintes à révéler leurs symptômes.

2. IDENTIFIER LES SIGNES DE LA DYSMORPHOPHOBIE : QUELS SONT LES SYMPTÔMES ?

La dysmorphophobie se cache souvent derrière des comportements et des pensées qui semblent anodins au premier abord. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une lutte intérieure complexe et douloureuse. Voici les six symptômes principaux de ce trouble, chacun étant une pièce du puzzle complexe qu’est la dysmorphophobie.

a. Fixation excessive sur l’apparence physique

Imaginez-vous absorbé par votre reflet dans le miroir, scrutant chaque centimètre de votre peau, chaque courbe de votre visage. Cette fixation n’est pas un simple souci de l’apparence ; elle est constante, envahissante, et souvent centrée sur des détails que les autres ne remarquent même pas. Cette obsession peut vous amener à passer des heures à vous examiner, cherchant désespérément à corriger ou à cacher ces défauts perçus.

b. Pensées intrusives négatives et obsessionnelles

Ces pensées sont comme des visiteurs indésirables qui s’immiscent dans votre esprit. Elles vous rappellent sans cesse vos prétendus défauts, vous convaincant que votre apparence est inacceptable. Cette spirale de pensées négatives peut être accablante, vous plongeant dans une mer de doute et d’insécurité.

c. Comportements répétitifs liés à l’image corporelle

Les routines deviennent rituels – vérifier sans cesse son apparence, ajuster ses vêtements, se maquiller de manière excessive. Ces actions, loin d’être de simples habitudes, sont des tentatives désespérées de contrôler et de masquer ce que vous percevez comme des imperfections.

d. Comportements compensatoires et obsessionnels

Pour certains, cela peut se traduire par des heures de sport intensif, pour d’autres par des régimes restrictifs ou des soins de beauté excessifs. Ces comportements sont des tentatives de corriger ce qui est perçu comme un défaut inacceptable, mais ils sont souvent poussés à l’extrême.

e. Isolement social et crainte de se montrer en public

La peur du jugement peut devenir si oppressante qu’elle vous pousse à vous retirer du monde. Les événements sociaux, les sorties entre amis, même les tâches quotidiennes peuvent devenir des épreuves insurmontables.

f. Utilisation excessive de cosmétiques et stratégies d’habillement

L’armoire devient une cachette, les couches de maquillage un bouclier. Vous vous efforcez de cacher ce que vous considérez comme des défauts par tous les moyens possibles, espérant ainsi échapper au regard critique que vous imaginez de la part des autres.

3. LES PRINCIPALES CAUSES DE LA DYSMORPHOPHOBIE

La dysmorphophobie est un trouble complexe influencé par une multitude de facteurs. Comprendre ces causes peut aider à démystifier ce trouble et à orienter vers des stratégies de traitement efficaces.

a. Facteurs génétiques et antécédents familiaux

Il a été observé que les antécédents familiaux d’obsession pour l’apparence peuvent jouer un rôle dans le développement de la dysmorphophobie. Les recherches suggèrent qu’une prédisposition génétique pourrait influencer la vulnérabilité à ce trouble, notamment si des membres de la famille ont des préoccupations similaires ou des troubles psychiatriques connexes.

b. Rôle des neurotransmetteurs

Les neurotransmetteurs, comme la sérotonine, jouent un rôle crucial dans la régulation de l’humeur et des pensées. Un déséquilibre de ces substances chimiques dans le cerveau peut contribuer au développement de troubles anxieux ou obsessionnels, y compris la dysmorphophobie.

c. Expériences traumatisantes et pressions sociétales

Des événements traumatisants, en particulier ceux liés à l’apparence ou à l’image corporelle, peuvent déclencher ou exacerber la dysmorphophobie. De plus, la pression sociétale constante pour répondre à des standards de beauté irréalistes peut intensifier les préoccupations liées à l’apparence.

d. Liens avec d’autres troubles psychiatriques

La dysmorphophobie est souvent associée à d’autres troubles psychiatriques, tels que les troubles de l’humeur, les troubles anxieux, et les troubles obsessionnels-compulsifs. Cette comorbidité peut compliquer le diagnostic et la prise en charge du trouble.

En comprenant ces facteurs sous-jacents, il devient possible de mieux cerner les racines de la dysmorphophobie et de développer des stratégies de traitement plus ciblées et efficaces.

4. LES EFFETS PSYCHOLOGIQUES ET SOCIAUX DE LA DYSMORPHOPHOBIE

La dysmorphophobie n’est pas seulement une question d’image corporelle. En premier lieu, elle affecte profondément votre santé mentale. Mais elle peut aussi avoir des conséquences dramatiques sur vos relations et votre vie sociale. Enfin, dans les cas les plus extrêmes la dysmorphophobie

a. Anxiété et dépression

Vous trouvez-vous constamment anxieux ou déprimé à cause de votre apparence ? Cette obsession peut s’infiltrer dans chaque pensée, transformant chaque reflet dans le miroir en un rappel douloureux de vos insécurités. Attention, cette anxiété constante peut évoluer en dépression, affectant votre capacité à profiter de la vie et à vous sentir satisfait.

b. Relations mises à l’épreuve

Les effets sur vos relations sont souvent profonds. Vous pourriez commencer à vous isoler, craignant d’être jugé ou mal compris. Cela peut entraîner des difficultés dans vos relations avec la famille, les amis, et même dans le milieu professionnel. Des activités sociales qui semblaient autrefois agréables peuvent devenir des sources d’angoisse.

c. Comportements auto-saboteurs

Dans une tentative de contrôler ou de cacher vos défauts perçus, vous pourriez adopter des comportements qui finissent par vous nuire. Ces comportements peuvent inclure éviter les opportunités de carrière, les relations ou d’autres expériences enrichissantes, vous enfermant ainsi dans un cycle d’auto-sabotage.

d. Troubles alimentaires associés à la dysmorphophobie

Il n’est pas rare que la dysmorphophobie s’accompagne de troubles alimentaires. En effet, votre préoccupation par l’apparence peut mener à des régimes extrêmes ou à des habitudes alimentaires désordonnées, exacerbant les problèmes de santé mentale et physique.

Reconnaître ces effets n’est pas facile, mais c’est une étape cruciale pour entamer le chemin vers la guérison. Sachez que de l’aide est disponible et que vous n’êtes pas seul dans cette lutte.

5. STRATÉGIES DE PRISE EN CHARGE ET TRAITEMENTS DE LA DYSMORPHOPHOBIE

La dysmorphophobie est un combat intérieur complexe, mais il existe des stratégies efficaces pour y faire face.

a. Accompagnement par un thérapeute spécialisé

Un élément crucial dans la gestion de la dysmorphophobie est de travailler avec un thérapeute spécialisé. En effet, un professionnel expérimenté peut vous fournir un soutien adapté, vous aider à naviguer à travers les défis spécifiques de ce trouble, et vous guider dans l’exploration de vos pensées et croyances. Il est vrai que ce voyage thérapeutique peut révéler des insights profonds sur vos patterns de pensée et offrir des stratégies adaptées pour gérer les symptômes au quotidien.

b. Identifier et modifier les pensées négatives liées à la dysmorphophobie

Une part importante du traitement consiste à apprendre à identifier et à défier les pensées négatives et destructrices. Aussi, votre thérapeute peut vous aider à reconnaître les schémas de pensée dysfonctionnels et à les remplacer par des perspectives plus réalistes et bienveillantes. Ce processus peut vous aider à diminuer l’obsession et l’anxiété liées à votre image corporelle, ouvrant la voie à une estime de soi plus saine.

c. Techniques d’exposition

Les techniques d’exposition impliquent une confrontation graduelle et contrôlée avec les situations ou les objets que vous craignez ou évitez en raison de la dysmorphophobie. Ainsi, encadré par un thérapeute, ce processus peut vous aider à surmonter progressivement vos peurs et à réduire les comportements d’évitement. Cette approche vise à renforcer votre confiance en vous et à augmenter votre capacité à gérer les situations qui déclenchent l’anxiété liée à l’apparence.

Ces stratégies, bien que nécessitant engagement et patience, sont des voies puissantes vers une amélioration significative de votre qualité de vie.


En explorant la dysmorphophobie, nous avons abordé ses symptômes, ses causes et les effets qu’elle peut avoir sur la santé mentale et les relations sociales. Il est essentiel de reconnaître que ce trouble, bien qu’il soit complexe, n’est pas insurmontable.

Aussi, si vous vous retrouvez dans ces descriptions, n’hésitez pas à rechercher une aide professionnelle. Un soutien spécialisé peut faire une différence significative. Rappelez-vous que vous n’êtes pas seul, et il existe des chemins vers le bien-être et la guérison.

Gardez espoir et confiance : avec les bonnes stratégies et le soutien adéquat, il est possible de surmonter la dysmorphophobie et de retrouver une vie épanouie.

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